International, Politique, Société

Elle ne sera ni fériée ni chômée. La journée mondiale de la liberté de la presse ne sera pas moins célébrée, ce 3 mai 2017, par les journalistes de notre pays. Car la liberté est le terreau sur lequel pousse et prospère une bonne presse. Sans la liberté de penser, de dire, d’écrire, de donner à voir il n’y a pas de presse. Si ce n’est « La voix de son Maître ». Or, « Qui n’entend qu’une cloche, n’entend qu’un son ». D’où l’importance de la liberté en général, de la liberté de la presse en particulier. D’où la nécessité d’en connaître le mode d’emploi. A cerner en cinq leçons.

Première leçon : la liberté, plus qu’une question de texte, est une question de tête. Quand on dit liberté, on doit d’abord voir l’homme. C’est lui seul qui a capacité à donner sens à tous ses droits. Quand bien même ceux-ci seraient gravés dans le marbre ou seraient consignés dans des textes.  Pour dire que si le journaliste n’est pas d’abord libre dans sa tête, aucun texte, aussi bien élaboré soit-il, ne peut le rendre véritablement libre.
Etre libre dans sa tête, qu’est-ce à dire, pour le journaliste ?  C’est s’engager, envers et contre tout, dans l’exercice de sa profession, à ne jamais trahir le contrat de confiance qui le lie aussi bien à ses sources d’information qu’à son public. Le journaliste est au service de ce dernier. Lequel a besoin de savoir, de comprendre, de se faire une opinion informée. Le journaliste libre dans sa tête se situe, chaque fois et toutes les fois, au-dessus des intérêts particuliers et des querelles de clocher. Il voudrait, en toute bonne foi, que la vérité qu’il porte soit la plus proche possible de la vérité tout court.

Deuxième leçon : la liberté sans la responsabilité est un vain mot. Le journaliste qui jouit du privilège d’aider les autres à croître en citoyenneté et à grandir en humanité a une grande responsabilité. Il tient, sans aucune exagération, au bout de sa plume, micro et caméra le destin de milliers d’individus. Ainsi placé dans de tels liens du devoir, le journaliste ne peut et ne doit exercer sa profession à la légère, sans la conscience du devoir accompli. L’information produite par le journaliste est comparable à un aliment, un aliment intellectuel, spirituel. Ne pas le comprendre ainsi, c’est troquer l’idéal d’informer contre le criminel dessein de désinformer,   d’intoxiquer, de nuire à son environnement humain.

Troisième leçon : la liberté ne s’octroie guère, elle se mérite. Parce que la liberté a un coût et un prix. Le coût, c’est la somme que coûte une chose. Le prix, c’est le rapport de valeur d’un bien à un autre. Ces deux notions, en relation avec la liberté, placent le journaliste face à deux défis majeurs : payer ce qu’il faut pour acquérir un bien et honorer comme il faut ce bien, en s’y dévouant jusqu’au sacrifice de soi. Un tel bien est introuvable au marché Dantokpa. Il n’est ni à vendre ni à acheter. Il est encore moins à offrir sur un plateau.  

Quatrième leçon : la liberté n’est pas une destination, mais un chemin. Personne n’a un droit de propriété sur sa liberté. Nous sommes, ici, sur une terre spéciale. Tout le monde est en transit. Personne ne peut prétendre à un titre foncier. La liberté de la presse, la liberté du journaliste est à l’image du feu. Alimentez-le et il ne cessera de brûler. Mettez-le sous le boisseau, il s’éteindra. La liberté se nourrit de liberté, de toujours plus de liberté, à l’image de la termitière qui n’est riche que quand la terre s’ajoute à la terre.

Cinquième leçon : la liberté ne chemine qu’avec des valeurs. Le journalisme est un service. Ce qui fait du journaliste un serviteur. La liberté, c’est le levier grâce auquel le journaliste se fait le plus performant possible dans le service qu’il rend. Derrière un tel service, il y a d’incontestables valeurs. Tel le travail. C’est ce qui hisse l’homme à hauteur de Dieu et l’honore du statut de co-créateur. Telle la rigueur. Il s’agit de cette quête d’exactitude, de précision, de logique inflexible. Ce qui conduit à une autre valeur : la vérité.  « On définit la vérité, nous apprend Jules Lachelier, comme l’accord de la pensée avec la chose ». Qui dit mieux ?

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 2 mai 2017