Afrique, Société

Un vent de vacances souffle sur le Bénin. Tout fait croire au repos. Tout suggère relâchement et farniente. A la vérité, c’est   une illusion. Le temps des vacances, c’est un temps d’éveil, le temps d’éveil du Bénin apprenant. A en juger par le nombre de d’écoliers et d’élèves qui se pressent sur différents sites de cours de vacances. A en juger par le nombre d’étudiants en stage dans les différentes entreprises de la place. A en juger par le nombre de jeunes qui trouvent à s’occuper grâce à des emplois ou à des jobs de vacances. 

Nous n’avons rien contre les cours de vacances. Sauf quelques écarts, ils aident l’apprenant à reprendre la main, à maintenir allumé en lui le désir d’apprendre à apprendre. Du reste, sans les cours de vacances, nombre de nos jeunes gens et de jeunes filles se seraient dissipés aux quatre vents de l’oisiveté. 

Mais il ne peut s’agir d’apprendre pour apprendre. Les cours de vacances, ceux qui ne se confinent pas en quelques cachettes, ceux qui se donnent un visage public, doivent être encadrés. Il faut qu’ils soient soumis à autorisation préalable. Qu’ils répondent à des normes pédagogiques. Que leurs animateurs justifient du niveau et du profil requis. Que le résultat de ces cours puisse être évalué. 

Pourquoi ces précautions ? Pour accréditer, de manière définitive, l’idée selon laquelle la formation des hommes est une chose sérieuse qui mérite d’être sérieusement conduite. L’idée selon laquelle l’enseignement est un métier. Et comme tel, on ne peut l’ouvrir au tout-venant. Précautions nécessaires, par ailleurs, pour éviter des ruptures pédagogiques dommageables à l’apprenant. Précautions indispensables, enfin, pour que les cours de vacances ne tournent en foires pour larrons en mal d’occupations plus honnêtes. 

Nous n’avons rien contre les stages de vacances. Mais il y a à redire sur leur conception, sur la manière dont ils sont conduits, sur leur utilité, sur leur finalité. Des stages de vacances réduits à un ou à deux mois de promenade en entreprise, avec au bout une attestation pour valider une année académique, c’est de la blague. Nous n’en voulons pas. Nous n’en voulons plus. Nous militons en faveur de stages de types nouveaux. Stages au travers desquels se trouve fermement établi le lien entre l’école et l’entreprise. L’apprenant va et reste en entreprise tout le long de son cursus scolaire. L’apprenant va chercher et trouver en entreprise ses marques. L’apprenant apprend en entreprise à marier théorie et pratique. L’apprenant se familiarise ainsi avec ce qui sera demain son point de chute professionnel. L’apprenant s’identifie au monde du travail, s’assimile à un milieu de vie.

Quant aux jobs des vacances, c’est une pratique nouvelle qui se développe dans les rangs de nos apprenants. La débrouillardise, qui porte le grouillant et remuant secteur informel, pousse plus d’un apprenant en vacances à ne plus attendre que les alouettes lui tombent toutes rôties. Nous avons ainsi surpris de jeunes enfants sur des chantiers de construction de bâtiments. Ils font la corvée d’eau. Ils enlèvent les gravats. Ils transportent du sable et autres matériaux. Des travaux somme toute durs et pénibles. Des travaux en inadéquation avec leur âge, avec leurs capacités physiques.

Nul doute que la loi doit être respectée. On ne saurait moins exiger d’un pays qui aspire à être un Etat de droit. Nul doute également qu’un minimum de réglementation aidera cette nébuleuse des jobs de vacances à s’assainir quelque peu. Avec l’espoir de tenir ainsi, dans un équilibre acceptable, les droits des uns et les devoirs des autres.

Au-delà des cours de vacances, des stages en entreprise, des jobs de vacances, il y a les loisirs. Le mot est bien en place dans les attributions d’un ministère de la République. La notion de loisir doit être revue, corrigée, enrichie d’un contenu neuf. Il faut faire à nos jeunes en vacances une offre de loisirs qui les aide à croître en conscience, à grandir dans la connaissance de leur pays. Une offre de loisirs qui ouvre la voie à un brassage sain, préfiguration de la nation de nos rêves. Que reste-t-il de plus ? Bonnes vacances à chacun et à tous !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 11 août 2016