Société

 

Entrez. Saisissez-vous d’un chariot. Commencez vos emplettes. Ici, au supermarché des fausses idées, le service est libre et le client est roi. Les marchandises, bien disposées dans les rayons, sont de taille respectable. Combien de paquets pouvez-vous emporter ? Impérativement et rigoureusement quatre. Contentez-vous en. A chaque jour suffit sa peine.

Première fausse idée : nous avons choisi Patrice Talon pour que nous mangions trois, voire quatre fois par jour.

Que veulent-ils dire ceux-là qui vont et qui viennent tenant de tels propos ? Quel message cherchent-ils à faire passer ceux qui, sur nos radios, se relâchent et se laissent aller ainsi dans les émissions interactives dites « grogne » ?

Attendent-ils que le gite et le couvert leur soient offerts gratuitement ? Veulent-ils faire du Bénin un vaste restaurant du cœur ? L’auberge de la charité universelle est une vue de l’esprit. Elle n’existe nulle part.

Il faut casser cette première fausse idée. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ». Rester scotcher à la détestable mentalité de mendiant, usant son existence à tendre la main, c’est se prêter à encourir la colère de l’évangéliste :« Car on donnera à celui qui a et il sera dans l’abondance. Mais à celui qui n’a pas, on ôtera ce qu’il a ». (Matthieu XIII,12).

 

Deuxième fausse idée : Patrice Talon est milliardaire. Plus de souci pour les Béninois, plus de souci pour le Bénin.

De quoi parlent-ils donc ceux qui se montrent aussi simplistes, aussi naïfs ? C’est comme si l’on demandait à Ronald Trump d’ouvrir la Maison Blanche et son porte-monnaie. Et d’appeler les Américains à venir se servir. En somme, la billetterie publique, le distributeur automatique de billets de banque à la disposition du tout-venant.

Accueillons cette seconde fausse idée avec un égal mépris. Travaillons à la faire disparaître avant de nous laisser bloquer dans la posture parasitaire de ceux qui veulent récolter là où ils n’ont pas semé. Pensez à la sangsue. Pensez également au flatteur. Il vit, dit-on, aux dépens de celui qui l’écoute.

Troisième fausse idée : unanimité à l’Assemblée nationale, silence radio dans les états-majors de partis politiques, c’est l’union sacrée de toutes les forces autour de Patrice Talon.

En politique, l’unité des forces n’a jamais été un don du ciel. Elle n’a rien avoir avec la manne, cette nourriture miraculeuse envoyée aux Hébreux dans le désert. (Exode XVI, 15). L’unité, en politique, sanctionne le long et dur processus d’un combat acharné et persévérant. Les forces en présence doivent sincèrement désirer l’unité et y œuvrer effectivement. Il faut harmoniser les points de vue et se donner des objectifs communs dans l’intérêt bien compris de chacun et de tous. Il faut chercher en tout et sur tout le consensus le plus large. Il faut faire l’accord sur ses désaccords et construire des compromis dynamiques.

Tout peut sortir de la rencontre circonstancielle et fortuite de quatre pelés et un tondu. Tout, sauf l’unité désirée, l’unité des cœurs et des esprits.  Convoquons, à cet effet, la mémoire. Interrogeons le passé récent de notre pays. Beaucoup, au début des années 70, au nom de l’unité nationale, ont donné leur caution à la formule du Conseil présidentiel, le fameux « monstre à trois têtes ». Ils ont déchanté. La présidence tournante entre les trois frères ennemis, sous la bannière d’une unité de façade, a fait long feu.

Quatrième fausse idée : pour se construire et se développer, le Bénin peut se passer des partis politiques.

Le Bénin vit, en ce moment, une situation de disqualification et d’hibernation des partis politiques. Beaucoup tiennent une telle situation pour la norme, légalisant et légitimant une certaine « exception béninoise ». Alors, adieu les partis politiques. Erreur ! C’est parce que nous avons une fausse idée de la vie démocratique que nous nous sommes fait une fausse conception de l’organisation politique et de la gestion politique de la cité. Nous avons besoin bel et bien de partis politiques. Alors, rétablissons la vérité : pour se construire et se développer, le Bénin peut se passer de clubs électoraux, de partis claniques, de bandes de copains et de coquins. Mais il ne peut se passer de partis politiques. Entendons-nous bien : de vrais partis politiques.

Jérôme Carlos

La chronique du jour