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Qu’est ce qui mérite d’être vu et d’être apprécié comme étant normal ? C’est ce qui est dépourvu de tout caractère exceptionnel. C’est ce qui sert de règle, de modèle, de référence. Malheureusement, nous nous entourons d’une foule de choses tordues, bancales. Elles tendent, pour comble d’ironie, à s’imposer à nous comme la norme. On ne s’étonnerait point de voir les lions et les éléphants organiser, à Cotonou, leurs Jeux Olympiques. Et il ne nous ferait ni chaud ni froid que le soleil, un jour, se lève à l’ouest et se couche à l’est. C’est à ce point extrême de désordre et de confusion que nous sommes. Nous acceptons l’inacceptable. Nous tolérons l’intolérable. Nous célébrons la bêtise. Quelques exemples pour soutenir notre propos.

Un convoi d’une centaine de gros et longs camions du richissime opérateur économique Aliko Dangoté traverse ces jours-ci le Bénin, d’est en ouest, de notre frontière avec le Togo à notre frontière avec le Nigéria. C’est beaucoup pour provoquer, chaque fois et toutes les fois, une profonde perturbation dans la circulation, tant dans les agglomérations urbaines qu’en rase campagne. Des accidents mortels sont déjà enregistrés. Il est urgent de rationnaliser, de réguler les mouvements de ce convoi exceptionnel. Mais, pour l’instant, nous ne voyons rien, nous n’entendons rien, nous ne disons rien.  Ce n’est pas normal.

Nous avons construit des carrefours surdimensionnés, sur l’axe Cotonou-Porto-Novo, depuis La Roche à Akpakpa à Sêmê-Kpoji. Soit une dizaine de carrefours sur une quinzaine de kilomètres. Ces carrefours, hors du fait qu’ils sont difficilement négociables, sont des dépotoirs. Tout s’y retrouve. Tout s’y mélange. Tout s’y conjugue pour vous faire prendre tout en dégoût. Ce n’est pas normal.

Installer un péage sur un grand axe routier comme Cotonou-Porto-Novo, quoi de plus normal. L’intention de faire entrer de l’argent sur un axe aussi densément fréquenté devrait s’accompagner de la volonté de rendre ce péage proprement convivial. Les installations sont défraîchies. L’offre de services est souvent en dessous de la demande. Quant à l’éclairage, il est aussi improbable que problématique. Ce n’est pas normal.

Que de désagréments et de temps perdu à l’exercice pourtant utile et indispensable de la visite technique pour nos véhicules ? Il aurait suffi de décentraliser toutes les opérations afférant à cette activité pour remettre tout en ordre. En attendant, les queues s’allongent, le citoyen-client perd du temps, l’indiscipline et la pagaille s’imposent comme la norme. Ce n’est pas normal.

Un camion qui tombe en panne sur l’une des artères de la ville de Cotonou est condamné à y rester autant de temps, autant de jours qu’il faut pour être dépanné. C’est que Cotonou, la vitrine du Bénin, ne dispose pas encore de structures, d’unités appropriées pour gérer une telle situation. Tout le monde, de ce fait, doit subir les conséquences d’un encombrement gênant,   aggravé aux heures de pointe. Un casse-tête pour les agents de l’ordre. Une croix pour les conducteurs. Un supplice pour les engins. Ce n’est pas normal.

Comment expliquer que les habitants de la cité dortoir qu’est devenue Abomey-Calavi mettent, tous les jours, au moins trois heures pour rallier à l’heure leurs lieux de travail à Cotonou ? Il se pose un énorme problème de circulation. Cela dure et perdure dans le silence assourdissant de diverses autorités compétentes. Ce n’est pas normal.

Connaissez-vous la bretelle pavée qui va de La Roche à l’ancien pont ? La circulation sur ce tronçon, aux heures de pointe, est tout aussi dense que sur la grande voie qui lui est parallèle. Epouvantable, insupportable l’embouteillage monstre quotidiennement infligé aux usagers. Ici comme ailleurs, coupable est le silence des autorités face à cette vraie jungle en pleine agglomération urbaine. Ce n’est pas normal.

Bouclons la boucle avec un autre spectacle tout aussi triste. Celui qu’offrent, dans nos rues, nos frères et sœurs malades mentaux, pudiquement désignés sous le vocable de personnes souffrant de troubles du comportement. Ils sont abandonnés à eux-mêmes. Ils se promènent dans la ville, à la merci de tous les dangers, souvent dans le plus simple appareil. Dans l’indifférence générale. Ce n’est pas normal.

Arrêtons ici, sans prétendre avoir épuisé le sujet, ce tour de piste de nos laxismes joyeux. A chaque jour suffit sa peine. Convenons que c’est cela qui est normal.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 1er septembre 2016