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Entre le préfet du Littoral et le maire de la ville de Cotonou, l’entente n’est visiblement pas la chose la mieux partagée. Le premier prenant des initiatives au grand dam de l’autre.

Le 29 juin 2016, le préfet du Littoral, Modeste Toboula adressait une demande d’explication au maire de Cotonou, Léhady Vinagnon Soglo, le sommant de lui signifier dans les vingt-quatre heures, les raisons de son absence à sa cérémonie de prise de fonction. Beaucoup d’observateurs avaient cru à un manquement de néophyte ignorant les règles élémentaires de courtoisie administrative, de surcroît à l’endroit de l’une des personnalités politiques de premier plan dans le pays. Pourtant, Modeste Toboula lançait le top de la nature de la collaboration entre la tutelle et le maire de la plus grande commune du Bénin. L’affichage quelques jours plus tard des deux hommes devant les caméras au détour d’une visite de courtoise du maire à la préfecture n’aura été que de façade. Sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens se délectent ostensiblement de la bisbille qui couve entre le sémillant préfet et le locataire de l’hôtel de ville de Cotonou, au fil des communiqués que le premier publie assez souvent pour marcher dans les plates-bandes du second, comme pour lui indiquer que c’est désormais Toboula qui règne en maître sur Cotonou.

Mais, il a fallu attendre la décision gouvernementale de libération des espaces publics pour montrer au grand jour la distance manifeste qui module le rapport entre le préfet du Littoral et le maire de Cotonou. Premier point de malentendu, bien que l’initiative de déguerpissement émane du ministère en charge du Cadre de vie, le Gouvernement a, à tort ou à raison, fait du préfet du Littoral, le bras opérationnel du projet à Cotonou. Dans les autres communes concernées par la même initiative, les maires sont pourtant aux avant-postes. Alors que la mairie dispose des compétences techniques pour assurer d’abord la phase de marquage, le préfet du Littoral, avec l’appui technique des cadres du ministère du Cadre de vie, a choisi d’agir en solo, faisant de la direction des Services techniques de la mairie de Cotonou un appendice. Durant toute la phase de sensibilisation, la municipalité de Cotonou, à son tour, n’a pris aucun engagement fort pour accompagner l’initiative gouvernementale. La mairie ayant tout aussi à perdre que les populations déguerpies, elle espérait sans doute une réprobation populaire de l’opération pour reprendre du poil de la bête.

Toboula a le vent en poupe !

Lors de la phase répressive de l’opération, lancée le 4 janvier avec beaucoup de boucan dans Cotonou, la mairie a encore brillé par son peu d’entrain. Les casses ont commencé et contrairement à l’effet escompté, l’opération suscite l’adhésion des populations. Modeste Toboula, « le méchant préfet », est devenu aujourd’hui le nouvel homme fort de la ville de Cotonou. Son action est applaudie au point où des causeries de bistrot exigent souvent que le Gouvernement du président Patrice Talon le monte en grade pour faire de lui l’homme des missions difficiles. Devant un tel triomphe, Léhady Soglo n’a autre choix que de surfer sur la vague d’adhésion. Il lance, la semaine dernière, son opération de nettoyage des surfaces rasées et de relogement des déguerpis dans les marchés de Cotonou. Balai en main, il se paie quelques clichés dans les marchés secondaires pendant que son rival poursuit avec la même détermination le ménage dans la ville de Cotonou. Mais ayant l’avantage de la tutelle, Modeste Toboula n’a pas hésité à montrer ses muscles au moindre faux pas des autorités de la mairie de Cotonou. « Il nous est revenu avec insistance que la direction des services techniques de la mairie de Cotonou adresse à certaines personnes des sommations de déguerpissement. Cette situation entraine une confusion avec les opérations en cours conduites par le préfet », tonne-t-il dans un communiqué en date du 22 janvier dernier. Tout en rappelant que les opérations relèvent de la décision exclusive du Gouvernement et sa mise en œuvre par le ministère du Cadre de vie représenté par le préfet du Littoral, il tranche que toute sommation délivrée par la mairie de Cotonou courant la durée des opérations en cours est « nulle et de nul effet ».
Aujourd’hui, il n’est plus imprudent d’affirmer que le maire de Cotonou a quasiment perdu de son autorité devant le cran et l’entrain du jeune préfet à qui reviennent aussi les effets positifs de l’interdiction de la circulation des moteurs à deux roues dans la zone de Missèbo.
Cette popularité inattendue ferait-elle de l’ombre à Léhady Vinagnon Soglo?

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