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Contradiction. Contredire. Contradictoire. Des mots presque de la même veine. Pour dire presque les mêmes choses. Est contradictoire ce qui est contraire, incompatible, voire absurde. Allons à la traque de nos contradictions. La pêche ne risque pas d’être miraculeuse. Mais nous en tirerons assez pour combler notre attente. Le temps d’une chronique.

52 % des dix millions de Béninois sont des femmes. Mais chaque fois qu’une Béninoise sollicite les suffrages de ses compatriotes à une élection présidentielle, à peine réussit-elle à réunir 5% de voix sur son nom. Ce qu’il faut tenir pour une majorité démographique peine et tarde à se traduire en une majorité électorale. C’est vrai qu’il n’y a pas un rapport d’équivalence entre les deux. Mais, tout de même !

La Constitution le clame et le proclame : Porto-Novo est la capitale administrative et politique de la République du Bénin. Or, chaque jour que Dieu fait renforce Cotonou comme l’épicentre de la vie politique, économique, sociale et culturelle du pays. Le programme d’Action du Gouvernement (PAG) renversera-t-il la tendance ? Beaucoup se sont armés depuis d’une loupe à l’effet de trouver la place faite à Porto-Novo dans ce programme ambitieux.

On peut en faire le triste constat : il y a moins d’arbres à Cotonou, ville côtière bénéficiant de deux saisons de pluie, qu’à Niamey et qu’à Ouagadougou, villes sahéliennes enclavées. Comment expliquer ce qui a tout l’air d’une grosse absurdité ? Ne parler pas trop fort. Les « pipiteurs » impénitents de Cotonou sont aux aguets. Ne prenez pas le risque de vous faire arroser.

Plus de 200 partis politiques se targuent d’avoir une existence légale, le récépissé reçu du Ministère de l’Intérieur en fait foi. Sauf que la plupart de ces partis, en plus d’être invisibles, sont totalement inaudibles. Pourquoi l’arène politique a-t-elle ainsi tout l’air d’un cimetière ? La vérité, c’est que le Bénin est devenu depuis peu le champ d’expérimentation d’une démocratie unique en son genre, la démocratie à la mode et à la manière des trois singes de la légende : on ne voit rien, on ne dit rien, on n’entend rien. Donc, on ne fait rien.

Les Béninois vouent un véritable culte au football. Ils ont veillé, dans les maisons, dans les buvettes, au bord des voies, pour suivre, jusqu’à la fin, la mémorable correction que Barcelone a infligée au Paris Saint-Germain. L’amour du football a transformé les 10 millions d’habitants du pays en dix millions de coaches. Cela vaut 10 millions de schémas tactiques pour faire gagner les Écureuils qui, pourtant, ne gagnent rien. Moralité : le trop-plein n’est pas un critère de performance et l’excès en tout est un défaut.

D’un excès à l’autre : le Bénin compte 100 quotidiens. Mathématiquement, ce sont des milliers de pages, des tonnes de papier qui sont imprimées, chaque jour, pour l’information du public. Dans un pays où beaucoup ne savent pas lire, lisent peu ou ne lisent pas du tout. Et puis, comment faire vivre autant de journaux sur un marché publicitaire étroit, quasi inexistant ? Si le Béninois n’est pas un magicien, il est sûrement un acrobate. C’est un adepte du grand écart. Il a le génie de concilier deux choses opposées.

En un quart de siècle de vie démocratique, le Bénin, 10 millions d’habitants, compte trois fois plus d’anciens candidats à la Présidence de la République que le Nigéria voisin, 175 millions d’habitants. Au Bénin, « ancien candidat à l’élection présidentielle » est un titre de gloire. Une manière de dérouler le tapis rouge à l’échec. Aussi la mention, « ancien candidat à l’élection présidentielle » sur une carte de visite vaut-elle un sésame. Elle ouvre toutes les portes. On annonce le congrès prochain des anciens naufragés de la présidentielle.

Terminons ce tour d’horizon de nos contradictions par une question. De quel mal souffre Cotonou, un mal qu’elle partage avec les autres régions de notre pays, celles du Septentrion notamment ? C’est l’eau. Pourquoi ? L’eau, chaque année, transforme Cotonou en un gros village lacustre. Tout est inondé. L’eau, dans les régions septentrionales de notre pays, n’est pas toujours au rendez-vous. Ce qui entraîne une sécheresse dévastatrice. Ici, l’eau par excès. Là, l’eau par défaut. D’un côté, l’abondance qui étouffe. De l’autre, la pénurie qui assèche. Nous savons ce qu’il nous reste à faire : rendre l’eau disponible, en quantité et en qualité, partout et pour tous, sur toute l’étendue du territoire national.

Jérôme Carlos

La chronique du 16 mars 2017