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Sujet de dissertation : « L’avenir est un présent qui s’ignore ». Pour dire que ce qui prendra corps et forme demain, prend   son élan à partir d’aujourd’hui, décolle du présent. Le rendez-vous qui sera honoré demain, c’est aujourd’hui qu’on le prend. En d’autres termes, demain, c’est aujourd’hui.

Un exemple pour illustrer notre propos. Il s’inspire de l’actualité brûlante des casses prochaines. Objectif   : libérer les voies et artères de nos grandes villes, remettre à qui de droit le domaine public usurpé. L’avenir de l’opération est   contenu dans le temps présent. Nos bonnes questions d’aujourd’hui sont autant de pavés qui aident à construire les voies de demain. Trois paramètres à prendre en compte : l’homme, le temps, les valeurs.

D’abord l’homme. Le premier facteur, ici, concerné, c’est la personne humaine. Nous avons affaire à un être de droit et de devoir. Si le domaine public avait été occupé par des fagots de bois, des bagages en tout genre ou des animaux en divagation, nous n’aurions pas eu besoin de prendre de gants pour faire place nette. L’homme n’étant ni un fagot de bois ni un bagage, nous ne pouvons que l’approcher autrement. On ne peut pas fermer les yeux sur les pertes et les faillites que l’opération va occasionner. On ne peut balayer du revers de la main la peine et la souffrance de ceux qui vont tout perdre. Ce n’est pas parce qu’on s’engage pour le bien collectif qu’on doit se montrer insensible aux drames individuels. Depuis quand nos autorités sont-elles devenues des automates, des robots ?  Dossa qui rit, Zinsou qui pleure, ce n’est pas la fête. Faisons en sorte que l’un et l’autre, au moins, sourient. C’est déjà mieux.

Nous avons mis trop de temps avant de nous décider à éveiller nos populations à la conscience et à la nécessité de libérer le domaine public. Pendant des décennies, nous avons encouragé l’incivisme, cautionné l’anarchie, encouragé le désordre. De très mauvaises habitudes ont été prises, avec notre complicité active. A l’heure des remises en cause et des révisions déchirantes, il faut écarter toute brutalité contre les populations. Nous devons nous sentir tous dans la même barque. Car nous sommes tous coupables. Ensemble nous avons péché. C’est ensemble que nous cheminerons vers la rédemption. Il faut immédiatement ouvrir les voies d’un dialogue inclusif, mettant en synergie sages, maîtres de terre, chefs religieux, personnalités du monde des arts et de la culture, journalistes et médias, chefs de quartier, chefs d’arrondissement, conseillers municipaux, maires, députés… Les petits tours sur le terrain de Monsieur le Préfet et de Monsieur le ministre ne suffisent pas. Il faut rendre l’opération irréversible grâce à l’adhésion d’une masse critique d’individus. Cela s’appelle aller à l’école de la patience et de la persuasion. Mandela l’a dit :  » Tout ce qui est fait pour vous, mais sans vous, est fait contre vous ».

Ensuite, le temps. Il ne s’agit pas du temps élastique et infécond de la procrastination. A comprendre comme la tendance à tout remettre au lendemain. Il s’agit plutôt du temps utile de l’échange cordial et confiant. C’est le temps du verbe créateur dans la construction des compromis dynamiques. Il impose d’écouter beaucoup, de s’ouvrir à des problèmes nouveaux. Celui qui se sait écouter, se met, à son tour, dans une meilleure disposition et posture d’écoute. Et ceux qui s’écoutent vraiment finissent par s’entendre sûrement. Ce temps utile de l’échange prendra le temps qu’il faut. L’essentiel est d’en négocier, au départ, les modalités. Et entre gens qui se respectent, tout est négociable. La souplesse n’est pas synonyme de faiblesse. C’est une marque de sagesse.

Enfin, les valeurs. Ce qui est engagé, ici, c’est le bien de notre pays pour le bien de tous. Celui qui refuse l’ordre, dans un Etat de droit, se met délibérément au ban de la nation. Le chef qui use et abuse de son autorité est un fauteur de troubles qui s’ignore. Une discussion peut être chaude. Le respect réciproque, la courtoisie entre communicants doit être la règle. Le pouvoir ne doit pas saouler au point de faire perdre à l’autorité la juste mesure des choses. De même, la tendance à une victimisation surfaite ne doit pas encourager les populations à se vautrer dans la pagaille et dans l’incivisme. Jamais l’on ne gagne avec des contre-valeurs. Nous le savons désormais. Alors, faisons prendre à notre pays hauteur et valeur.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 6 décembre 2016