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Une roue de secours qu’est ce ? C’est une roue destinée à servir en cas de nécessité, de toute urgence. Le PAG ou le Programme d’action du gouvernement est et reste la plateforme d’action et de réalisation la plus significative du quinquennat du Président Patrice Talon. C’est sur celle-ci qu’il sera apprécié et jugé en fin de mandat.

Tout ce qui distrait le gouvernement retarde la réalisation de ce programme. Et Dieu sait qu’en ce moment, le gouvernement semble s’emmêler proprement les pédales, dans une cacophonie d’enfer. Oui, il y a danger en la demeure. Au grand dam du PAG qui pourrait mortellement en souffrir. D’où l’urgente nécessité de recourir à des roues de secours. Nous en aurons besoin d’au moins cinq.

1-La décrispation générale. Le Bénin ressemble à s’y méprendre à un champ de bataille. Il y a eu la destitution en série des maires des communes, relayée depuis par le rififi qui ébranle les grands partis politiques. Les excès et les exactions de l’opération de libération de l’espace public ont laissé de graves blessures et provoqué de grandes souffrances. L’affaire Sébatien Adjavon a fracassé le front de « la rupture ». La démission du gouvernement de Candide Azanaï n’a pas fini de livrer ses dessous. Les humeurs et aigreurs, suite au rejet du projet de révision de la constitution, ont freiné bien des ardeurs. La panne du dialogue social est à tenir pour un gros  pavé dans la mare nationale. Trop d’électricité dans l’air. La chaudière Bénin est au bord de l’explosion. On ne peut plus continuer ainsi. Il y a lieu d’ouvrir les soupapes de sûreté.

2-La proximité présidentielle. Le Président n’est pas très proche de ses compatriotes. Entre l’isolement aux allures d’une claustration et la surexposition médiatique, synonyme d’activisme populiste, il y a place pour une présence remarquée du chef auprès de ses mandants. Les voyages du président dans le Bénin profond sont rares. Le sont tout autant ses conférences de presse. Et quand il choisit, quasiment tous les jours, d’être  sanglé en complet veston cravate, toujours de belle coupe il faut le dire, le peuple voit passer son « Agbonnon » et manque de le reconnaître. Oui, l’habit fait bel et bien le moine !

3-La communication gouvernementale. Voilà une denrée essentielle que l’on minore au sommet de l’Etat. Les plus grandes batailles politiques se gagnent ou se perdent sur le terrain de la communication. A ne laisser, sous aucun prétexte, en des mains inexpertes. On ne sait pas quand le Chef sort du pays. Le porte-parole du gouvernement est régulièrement doublé, sinon dribblé. Chacun va alors de son propos dans un désordre monstre digne de la cour du roi Pétaud. Ce n’est pas normal. Le gouvernement compte assez de grosses têtes pour que nous soyons ainsi confrontés, chaque fois et toutes les fois, aux ratés d’une médiocre politique de communication à la petite semaine.

4-La visibilité du gouvernement à travers les ministères. Nous souffrons d’un centralisme outrancier qui ne dit pas son nom. Tout part de la Présidence de la République et tout y aboutit. Trop peu de marge de manœuvre aux ministres contraints et forcés de soumettre préalablement leurs initiatives à un comité spécial. Il n’en faut pas plus pour altérer la symphonie gouvernementale. Le président n’est plus dans le rôle du chef d’orchestre dès lors que les musiciens sont privés de leur partition. Jusqu’à preuve du contraire, un ministère n’est pas le refuge d’acteurs politiques encagoulés. Un ministère, c’est l’un des points politiques névralgiques dans l’architecture d’ensemble de la division du travail gouvernementale.

5-La priorité à l’homme et au social. Qui a dit qu’il n’y a de développement que d’homme ? Il y a de très bonnes mesures qui se prennent. Elles aideront à baliser durablement les chemins de l’avenir. Qu’on pense aux mesures destinées à mieux identifier les Béninois, à donner un profil digne et plus moderne à certaines de nos grandes villes, à informatiser l’administration…Mais chaque fois que l’on avance ainsi, on doit s’obliger de regarder dans son rétroviseur. Tristes et désolantes images de misères en plaques, de cas sociaux à gogo, de malades et de chômeurs sans nombre.  La priorité doit être au quotidien du citoyen, à ses besoins primaires, d’un mot, au social. Sur le chantier de nos réformes, quelle place réservons-nous à l’homme ? That’s the question.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 29 juin 2017