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Etes-vous un observateur de la scène politique béninoise ? Nous prétendons, pour notre part, en être un. Alors, joignons nos analyses, établissons un diagnostic sur la politique et le politicien chez nous. Ceci, à partir des trois propositions que voici.

Première proposition. La politique est une chose sérieuse. Elle fait appel à des hommes et à des femmes politiques sérieux.

En effet, c’est du destin individuel et collectif de milliers d’hommes et de femmes qu’il s’agit. Les uns et les autres aspirent au bien être et au mieux être. Aussi comptent-ils sur une organisation sociale efficace et sur des concitoyens capables pour vivre une vie décente et digne, dans la paix du cœur et de l’esprit. La politique ainsi saisie, s’énonce dans toute sa clarté et vérité étymologique. En ce qu’elle est et reste fondamentalement la construction de la cité. Le politicien ainsi compris se présente comme un artisan de tout premier plan sur le chantier de la cité à construire. C’est un homme de bien qui s’active, aux toutes premières loges, pour servir, au premier chef, ses concitoyens.

Noblesse de la politique. Grandeur de l’homme et de la femme politique. Ainsi, la politique ne peut être, a priori, qu’une chose sérieuse, dès lors qu’elle s’ordonne comme un levier de progrès, un facteur de développement humain. Le politicien ne peut être compris que comme une personne sérieuse, dès lors qu’il se met au service de sa communauté, qu’il se dévoue pour le bien de ses concitoyens.

Deuxième proposition. Les hommes et les femmes politiques, dans leur immense majorité, jouent à se faire prendre au sérieux. Ils se transforment en acteurs sur la scène publique. Ils transforment la politique en spectacle.

La plupart de nos politiciens sont dans la peau d’un personnage et dans un jeu de rôle. Ce qui fait d’eux de parfaits acteurs, des comédiens accomplis. Aussi ne se rendent-ils plus compte qu’ils se mentent, qu’ils mentent aux populations dont ils ne cherchent qu’à s’assurer les suffrages. Le jeu éclipse la réalité. Le personnage transcende la personne.  Le masque porté entretient l’ambigüité. Le spectacle   dicte le discours à tenir, la posture à adopter. La vie se mue en fiction. Le politicien se confond au magicien.

Tout est réuni pour que les hommes et les femmes politiques jouent à se faire prendre au sérieux. Mais, au vrai, il ne s’agit que d’une apparence de sérieux. Une coquille de sérieux, vide par conséquent de tout contenu, résonnant creux et faux. Des habits d’emprunt, un pseudonyme pour être dans l’air du temps, en attendant l’heure de vérité. Quand le politicien réapparaîtra sous son vrai jour. Quand le politicien, après avoir tout perdu, n’aura plus rien à offrir que sa nudité. Et qu’arrive-t-il, que se passe-t-il quand le roi, le roi supposé est nu ?

Le rideau tombé, les lampes éteintes, les populations n’auront plus qu’à faire profil bas, qu’à sortir de la salle du spectacle, jurant qu’on ne les y reprendra plus. Terrible désillusion. Voilà ce qui amène des franges entières de population à vouer aux gémonies la politique et le politicien, à tirer un trait sur la politique et le politicien.

Troisième proposition. Le tort fait à la politique est immense. Il urge donc de restaurer l’image de la politique et de réhabiliter le politicien. Mais comment ?

Il faut retourner à la vérité et à la pureté originelles de la politique. La politique dans son sens propre et noble de construction de la cité. Au regard de quoi, un gardien de nuit ou un planton fait autant la politique que le Président de la République. Sur le chantier de la cité à construire, le politicien est à l’image d’un maçon privilégié, truelle à la main. La vision étriquée du pouvoir d’Etat, dont la quête est au cœur de la politique, a gauchi l’image de celle-ci. Le politicien se mue en un gourmand impénitent à l’appétit vorace. La politique, c’est alors la bonne affaire, un champ d’opportunités juteuses. A saisir pour se servir, mais non pour servir les autres.

A cette extrémité, que reste-t-il encore, chez nous, au Bénin, de sérieux dans le champ politique ?  Est-elle encore sérieuse la politique ? Est-il encore à prendre au sérieux le politicien ? Quoi faire pour conférer à la politique tout le sérieux qu’elle mérite ?  Il n’est que temps d’y réfléchir.  Sérieusement.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 23 février 2017