Afrique, Société

Modeste Toboula a marqué le point. A Léhady Soglo de transformer l’essai. Ces expressions empruntées au rugby nous aident à préciser les profils et à situer les rôles. Toboula, c’est le Préfet du Littoral. Soglo, c’est le Maire de Cotonou. L’un   est un haut cadre nommé à cette fonction par le Chef de l’Etat. L’autre est un élu, hissé à la tête de la cité par le Conseil municipal. Il doit des comptes à ses électeurs dont il est le mandataire. Le Préfet pourrait ne pas avoir d’état d’âme dans l’accomplissement de sa mission. Il n’a pas un électorat à caresser dans le sens du poil. Le Maire a moins de marge de manœuvres. Il est redevable de bien de choses à ses électeurs dont il n’a pas peu besoin des suffrages.


Pour mener à bien l’opération « libération des espaces publics »,   le Préfet Toboula, à Cotonou, se multiplie par monts et par vaux. Il est au four et au moulin. Il brave partout, de jour et de nuit, l’impopularité. Il exécute la part la plus ingrate, la plus complexe, la plus difficile aussi de cette opération. Des casses, encore des casses pour que les habitants de Cotonou mangent leur omelette à satiété. Des trottoirs jusque là encombrées sont rendus à leurs usagers légitimes. Des terre-pleins, sous l’empire d’un désordre indescriptible, retournent à leur vraie vocation. Cotonou se dégorge. Cotonou se libère de sa surcharge pondérale.

Dans cette dynamique, le Maire de Cotonou voit désormais sa ville telle qu’il souhaite certainement qu’elle soit. Rien de commun avec ce gros village de tous nos malheurs. Toboula a eu la grâce d’avoir et de garder par devers lui la balle. Il est temps qu’il s’en dessaisisse au profit de Soglo. On appelle cela faire une passe. Est venu, en effet, le temps de passer le témoin. Il faut engager, sans délai, la reconstruction de Cotonou. Les casses opérées, l’espace public libéré, Cotonou n’a plus à attendre un autre Préfet Toboula. Au Maire Soglo de saisir la balle au bond.  

Cotonou n’a jamais eu de parkings payants à l’instar des grandes villes d’Afrique et d’ailleurs. Dans un pays où le parc   autos/motos s’enfle à vue d’oeil, c’est faire œuvre utile que d’aménager de tels espaces. Cela répond à un besoin quotidien. Cela correspond à une nécessité propre à toute grande ville. Sortons de notre minimalisme. Optons pour la construction d’une ville moderne, en conformité avec les standards établis, avec les normes requises. Le gros village que nous nous appliquons à couver doit mourir.

Cotonou n’a pas de voies piétonnes, des voies à l’usage exclusif des piétons. L’opportunité d’une innovation s’offre. Ne la laissons pas s’échapper. Avec des toilettes publiques qui disciplineraient plus d’un « pipiteur ». Avec des espaces verts, un peu comme la cerise sur le gâteau. Cela appelle un programme audacieux et ambitieux de plantation d’arbres. Nous avons, à cet égard, un défi à relever. Cotonou, ville côtière, bénéficiant de deux saisons des pluies l’an, compte moins d’arbres que Ouagadougou et Niamey, deux cités   sahélo-sahéliennes. C’est inacceptable !

Cotonou n’a jamais bénéficié, que nous sachions, d’un plan de circulation digne de ce nom. Le moment est venu de faire plancher nos ingénieurs, nos spécialistes, nos cadres. Ils ne demandent qu’à servir. Ils ne demandent qu’à se rendre utiles à la communauté nationale.Un plan intelligent aidera à décongestionner certains carrefours, à effacer certains bouchons, bref à fluidifier la circulation.

Cotonou n’a encore rien fait des grands carrefours qui la traversent de part en part. Ceci, du rond point Toyota au carrefour Censad en passant par La Roche, Sobebra, Opt-Sonapra, Tunde, Abattoir. Ces grands carrefours sont mal entretenus, mal éclairés, mal balisés. Sonne l’heure de leur réhabilitation, dans le cadre d’un plan général d’embellissement de la ville.

Ces quelques initiatives que nous suggérons portent un seul enseignement : Toboula et Soglo, sans l’avoir cherché, sans l’avoir voulu, ont désormais destin lié. En tout cas, le destin de Cotonou semble être en leurs mains. Qu’il ne soit pas dit que l’on a cassé pour casser, sans qu’une ville nouvelle n’émerge de la poussière des gravats, de la montagne des tôles froissées. L’omelette attendue de Soglo, doit être le produit des œufs cassés par Toboula. Les Yoruba ajouteront  » Bahi ho ! ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 17 janvier 2017