Société

 

Un vent de fête souffle sur le pays. Le mois de décembre est et reste dans le droit fil d’une droite tradition rarement démentie. Après Noël, le réveillon du Nouvel An s’annonce. C’est tout le paysage humain qui change et qui bouge. Les étals des marchés croulent sous diverses marchandises. Une invite sans limites à une consommation sans frontières. Mêmes les gens sans affaires s’affairent.

 

Dans cette bulle de félicité et d’émerveillement, combien sommes-nous à avoir une pensée pour ceux de nos compatriotes qui, n’étant pas à la fête, ne seront pas de la fête. Pensons aux malades, aux déshérités, aux prisonniers, aux exclus, aux gens à la peine et en peine…

 

La maladie est notre plus redoutable ennemie. Elle saccage les corps. Elle altère les facultés mentales. Elle laisse avachie sa proie, sans ressorts et parfois sans espoir. Tous nos frères et sśurs malades vivront la fête, mais loin de la fête. Le fumet de nos ripailles, les chants et danses de nos défoulements, resteront aux portes de leur santé dégradée, affectée.

 

La pauvreté, la misère est sœur jumelle de la maladie. Elle frappe de plein fouet une majorité de nos compatriotes. Ceux-ci s’ingénient, jour après jour, à tromper la faim, à dribbler la mort. Parle-t-on de fête à un homme, à une femme qui vit d’expédients et d’artifices ? Feu le Président ivoirien Félix Houphouet-Boigny n’avait alors de cesse de répéter à ses compatriotes :  » Le vrai bonheur, on ne l’apprécie que quand on l’a perdu. » (Fin de citation). Nos compatriotes qui, pour diverses raisons, ont perdu la liberté, le comprennent bien. Oui, la liberté. Le mot, servi à toutes les sauces, est quelque peu galvaudé. Il ne recouvre et ne condense par moins des valeurs inaltérables. A vivre plutôt qu’à traiter comme un sujet de dissertation. A illustrer plutôt qu’à faire repérer dans le corps froid des textes de nos Constitutions. La fête derrière les barreaux d’une cellule de prison ne peut que laisser un goût d’inachevé.

 

Enfin, il y a tous ceux qui ont la liberté d’aller et de venir mais qui ne se sentent pas moins une âme douloureuse de détenu derrière les murs de leur prison intérieure. Il y a également ceux qui ont tout l’or du monde, mais qui estiment n’avoir pas réussi leur vie. Ceux qui sont tenaillés par la peur qu’on a instillée dans leur esprit. Une peur qui les jette et les abandonne au carrefour de tous les stress, angoisses, névroses et autres syndromes.

Comme on le voit, ils seront nombreux, ceux de nos compatriotes qui ne répondront pas à l’appel de la fête. Mais, pour tous les autres, la fête, qu’est-ce ? Oublions les flonflons d’un jour. Ne pensons pas aux restes de nos tables garnies. Laissons tomber les masques du carnaval. Interrogeons la fête en son sens et signification, en relation avec notre projet de citoyens attelés à la construction d’une jeune nation.

 

La fête ne peut pas être une parenthèse insouciante et gaspilleuse. C’est toujours pénible de voir un pays pauvre et aux ressources limitées flamber, en quelques jours, voire en quelques heures, le plus clair de ses ressources. Non à la fête qui appauvrit et qui renforce notre dépendance de l’extérieur. Non à la fête qui nous qui nous attache et nous ligote à notre sébile de mendiant.

 

La fête ne doit pas être un défoulement égoïste pour des gens qui n’ont d’yeux et d’attention que pour leur ventre et leur nombril. Nul n’a le droit d’être heureux tout seul. C’est le partage qui fait rayonner la fête. C’est le partage qui fait rayonner ceux qui font la fête. Non à la fête qui nous enferme dans un cocon d’égoïsme et d’orgueil. Non à la fête qui nous éloigne des autres. Les Latins sont catégoriques : « Vae sole », malheur à l’homme seul.

 

La fête, toute fête, dans le cadre du Bénin en construction, doit avoir la résonnance d’un appel à la grande fête de nos prochaines retrouvailles. Ceci, dans l’esprit de la nation béninoise en devenir. Aussi, les diverses formules qui portent nos souhaits et ponctuent nos vœux doivent-elles résonner, dans nos têtes et dans nos cœurs, comme un appel : être ensemble, chercher ensemble, travailler ensemble, rester ensemble, vivre ensemble. Alors, bonne fête à tous.

 

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 29 décembre 2016