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Trois jours pour obliger l’histoire : jeter les bases de la tenue annuelle d’une journée nationale de promotion de la gouvernance au Bénin. Ils étaient cent-cinquante acteurs à en avoir manifesté la volonté, à en avoir ainsi décidé. C’était à Agoué, dans le cadre d’un forum, du 15 au 17 juin 2017. Des acteurs venus d’horizons géographiques divers. Des profils techniques et politiques fort variés. Des personnalités d’obédience spirituelle et philosophique plurielle. Ce fut en miniature « une conférence des forces vives de la nation ». Pour en avoir été l’un des témoins privilégiés, nous attestons des points suivants d’observation et de réflexion.

Premièrement. Les journées nationales de la Gouvernance d’Agoué ont opté pour jouer à fond la carte de la vérité et de la sincérité. C’était le meilleur des choix sur un sujet délicat à tous égards. C’était la meilleure des postures sur un sujet sur lequel nous avons pris l’habitude de nous mentir à loisir, chacun jouant à qui perd gagne. Ainsi, entre politiques et membres de la société civile, entre experts nationaux et experts étrangers, entre journalistes et responsables de divers cultes religieux point de place à la langue de bois. Ceci dans le cadre d’échanges incisifs, francs et passionnants marqués au coin de la vérité. Qui a dit que la vérité libère ?

Deuxièmement. Les journées nationales de la Gouvernance d’Agoué ont fait clairement ressortir qu’en matière de mesures et de mécanismes, en termes d’arsenal juridique et judiciaire, d’adhésion à diverses conventions internationales, notre pays est le « Phénix des hauts de ces bois ». Le number one dirait l’autre. Mais nous restons malheureusement  » plus diseurs que faiseurs » pour parler le petit français de Côte d’Ivoire. En somme, beaucoup de textes pour noyer le poisson de la corruption, beaucoup de faux-fuyants pour consacrer l’hydre de l’impunité et de l’irresponsabilité. Au total, un bel alibi pour renvoyer aux calendes fon, adja ou dendi toutes mises en œuvre. Napoleon Hill nous a pourtant prévenus :  » Toutes élaborations conceptuelles, à moins d’être exécutées, ne sont que de la pacotille intellectuelle ».

Troisièmement. Les Journées nationales de la Gouvernance d’Agoué ont été l’occasion et le lieu d’une clarification sémantique majeure. Nous avons tendance, dans nos approches, à privilégier la lutte contre la corruption et l’impunité, laissant en marge la promotion de la gouvernance. Ce dernier concept, en plus d’être plus vaste et plus englobant, est plus positif. Or, les mots que nous utilisons ne sont pas des entités neutres. Ils colorent nos pensées qui, à leur tour, déterminent nos comportements. C’est donc plus qu’un glissement positif et heureux que d’inscrire dans nos élaborations davantage la promotion de la gouvernance que la lutte contre la corruption. Entre les deux notions et pour prendre un exemple, nous avons à gérer toute la différence entre « béninoiserie » et « béninité ». Nous nous faisons fort de faire la promotion de ce dernier concept.

Quatrièmement. Les Journées nationale de la Gouvernance d’Agoué n’auront pas suffisamment insisté, selon nous, sur l’homme. Car, il n’est de Gouvernance que d’homme, ce « sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant » à en croire Montaigne. Les sages bambara le savaient. Aussi soutenaient-ils que « pour diriger un troupeau de bœufs, le bouvier n’a besoin que d’un bâton. Tout change quand il faut diriger des hommes : un homme, un bâton ».

Aussi importe-t-il, pour une promotion conséquente de la gouvernance, d’inventer une pédagogie spéciale, la pédagogie de l’exemple. Ceci dans le cadre d’une éducation à la vertu. Si la tête n’est pas saine, inutile d’attendre que les membres le soient. Si les supérieurs hiérarchiques, les parents ne payent pas d’exemple, il est vain d’espérer voir une administration, une entreprise ou une famille échapper à la gangrène. L’homme est si spécial qu’il mérite d’être spécialement traité. La preuve, jeter un homme en prison ne peut suffire à guérir de la corruption. Celle-ci, avant de se matérialiser en un acte répréhensible, est d’abord une idée. On peut jeter un homme en prison. Mais on ne peut emprisonner les idées qu’il porte et qu’il entretient dans sa tête, dans son esprit.

Cinquièmement. Les journées nationales de la Gouvernance d’Agoué ont scellé entre tous les participants un engagement solennel. Il a valeur d’un pacte : institutionnaliser en le pérennisant la tenue annuelle d’une Journée nationale de promotion de la Gouvernance au Bénin. Cela nous autorise à dire, au revoir et à l’année prochaine !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 20 juin 2017