Société

La jeunesse, c’est l’avenir. C’est un refrain universellement chanté. Toute société, en effet, a besoin des bras jeunes, des intelligences fraîches pour résoudre l’équation de demain. Mais, en la matière, il n’y a pas, il n’y aura pas de miracle. Seules les bonnes graines produiront de beaux fruits.

La jeunesse béninoise a-t-elle assez d’atouts pour nous entrouvrir les portes de l’avenir ?  Oui ! Mais à condition qu’une poignée de brebis galeuses ne précipite pas la mort de tout le troupeau. A condition qu’une seule orange pourrie ne condamne pas à la poubelle un panier entier d’oranges. Nous avons relevé quelques poches de pourritures dans les rangs de nos jeunes gens et de nos jeunes filles. De nos jeunes urbains notamment. Mettons le doigt dans la plaie. Notre avenir commun en dépend.

Les femmes nous avaient habitués au phénomène de la dépigmentation. Le « Bodjou » peuple nos cités d’êtres étranges. Des êtres qui semblent s’être fâchés avec leur peau. Voici que, désormais, des hommes s’en mêlent, des jeunes gens notamment. Ils choisissent de changer de peau pour éviter et pour s’éviter de s’assumer nègres. La dépigmentation masculine, appréciée comme un simple phénomène de mode, prend d’assaut les rues, voies et vons de la grande métropole de Cotonou. Qu’elle soit féminine ou masculine, la dépigmentation est un déni d’identité. On rêve de Blanc. On rêve en blanc. On fait des rêves blancs. Quand un jeune se laisse ainsi aller par les chemins scabreux d’une aussi grave aliénation – étymologiquement, devenir étranger à soi-même – qui peut, en toute conscience et confiance, lui confier la gestion de son avenir ?

Ne parlons pas de tatouage. Il transforme tout le corps d’un individu en un tableau vivant. Ce n’est pas dans nos traditions. Ce n’est pas dans nos us et coutumes. Et nos jeunes, avec le tatouage, commencent à ressembler à de pauvres zèbres ambulants. C’est ce qui arrive quand on fait l’option de tout consommer, sans modération, sans discernement. Au-delà de toutes limites. Jusqu’à l’oubli de soi. C’est grave !

Il y a les « tailles basses » audacieuses. En somme, le « check-down » au féminin. Avec ces collants innocemment portés par des jeunes filles à moto. Mais des collants ingénieusement et astucieusement disposés pour suggérer au tout venant le galbe des hanches de ces nouvelles amazones. Croient-elles, ce faisant, rendre l’hommage dû à leurs célèbres et glorieuses devancières ? Il n’y a aucune gloire à faire du strip-tease dans la rue. C’est indécent. C’est impudique. C’est dégradant pour l’image de la femme.

Connaissez-vous le « 21 » ? C’est le breuvage nouveau auquel se shootent nombre de jeunes, un mélange détonnant de sodabi, notre eau de vie locale et de vin. Le « 21 » règne en maître dans des espaces spécialement aménagés, les « Sodabitéria ». Les Espagnols ont inventé le « Cafétéria ». Les Béninois ont créé le « Sodabitéria ». Nous sommes en progrès.

Sortons du « Sodabitéria ». Rendons-nous en ces endroits clandestins où la drogue du pauvre se débite sous diverses formes. Nos jeunes gens et nos jeunes filles ont à leur disposition toute une gamme de produits dopants. Ils peuvent s’ouvrir et s’offrir le septième ciel avec le « Trabol ». Ils peuvent aller encore plus loin avec le « Ataï », la tisane qui vous fait rejoindre Alice au pays des merveilles. Pour ce voyage spécial, on peut faire l’option du billet « Aller/ retour » ou du billet « aller simple ». A volonté.

Terminons par le « Zé wé ». A comprendre comme la course folle, échevelée, gratuite d’un jeune à la mort. Le « Zé wé », c’est, d’abord, la posture de ce cavalier de l’absurde sur sa moto. Plus elle est atypique, mieux cela vaut. C’est, ensuite, de s’asseoir sur une portion des fesses, en se penchant et en se balançant de gauche à droite. Avant toutes choses, il faut se tenir le plus loin possible de la selle et jouer les durs à cuire à l’image du héros d’un film d’action américain. Le « Zé wé » atteint sa vitesse de croisière quand le jeune roule à tombeau ouvert. C’est le « s’en fout la mort » tel que cela se dit et s’apprécie dans le milieu. Le « Zé wé » culmine avec un spectacle acrobatique époustouflant à couper le souffle. On zigzague, en toute inconscience, entre les véhicules en circulation, en les rasant dangereusement.

Voilà où, voilà comment nous mène une certaine jeunesse béninoise. Pouvons-nous nous en remettre à elle ? Pouvons-nous lui confier les clés de notre avenir ?

 

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 26 juillet 2016