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Répétons-le pour que nul n’en ignore : l’opération de libération de l’espace public, initiée depuis peu dans les principales agglomérations de notre pays, est bien venue. La pagaille, le désordre, l’indiscipline, l’anarchie ne rendent pas un peuple fort. Ils n’assurent pas non plus à celui-ci les moyens de se construire un avenir sain.

L’opération est bien engagée. Elle poursuit son petit bonhomme de chemin avec des fortunes diverses. Le département du Littoral se distingue tout particulièrement. Parce que plus sensible à ce genre d’opération. Parce que plus difficile, son territoire coïncidant avec Cotonou, la commune la plus peuplée et la plus active du Bénin. Parce que le préfet   se voit, en fait et se fait entendre un peu plus que tous les autres. Il faut souhaiter que le Préfet Modeste Toboula attache son nom à Cotonou comme le Préfet Hausman a attaché le sien à la ville de Paris. Pour ce faire et pour y parvenir des écueils sont à gommer, des ratés sont à corriger, des dérapages sont à éviter.

Tout d’abord, il faut libérer la parole autour de cette opération. L’apparente cacophonie qu’on provoquera ne sera que salutaire. Autour d’une opération d’intérêt public, tous les sons de cloche doivent être entendus. Il ne s’agit point de défiance à l’autorité, mais de confiance aux populations concernées. Ceci, pour donner raison à Nelson Mandela. « Ce qui est fait pour vous, a-t-il dit, mais sans vous, est fait contre vous » (Fin de citation).

A Cotonou, le Préfet et le Maire ne se parlent pas assez. La Préfecture et la Mairie lisent si peu les textes de loi qui régissent leurs rapports. Ces deux instances coordonnent a minima les actions qui relèvent de leurs compétences respectives. Résultat des courses : on provoque un écran de fumée qui embrouille tout le monde ; on entretient une guéguerre inutile qui prend les allures d’un conflit d’intérêt ;   on prend en otage les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer. Sauf que, selon la sagesse ancestrale, quand deux éléphants se battent, se sont les herbes sous leurs pieds qui en pâtissent. N’y a-t-il pas un arbitre pour siffler la fin de ce carnaval de très mauvais goût ? Non à la guerre des chefs.

Ensuite, la règle d’or dans cette opération, c’est d’éviter d’avoir deux poids deux mesures. Pour dire que Zinsou et Dossa doivent être mêmement traités. Toute différence dans la facturation de l’un et de l’autre induirait injustice, indiquerait qu’on a une préférence marquée pour l’un, consacrerait un privilégié à côté d’une victime. Si une opération d’intérêt public devrait ainsi se fourvoyer dans la gadoue des préférences et des différences, elle irait contre le caractère impersonnel de la loi. Autant alors annoncer les couleurs dès le départ pour parler comme la rue en Côte d’Ivoire : la loi des « en haut de en haut », la loi des en haut de en bas « , la loi des « en bas de en bas ». L’Etat de droit que nous ambitionnons de construire s’accommode mal d’un tel étagement de la citoyenneté.

La vigilance doit donc être de mise pour que les agents exécutants sur le terrain, par zèle, par l’appât du lucre, par méchanceté et tous autres vilains sentiments ne fassent un enfant dans le dos aux responsables, aux donneurs d’ordres. Quand le chef n’a pas l’œil sur tout et partout, il consacre la grande bamboula des souris en l’absence du chat. Et la fête tourne vite en un désordre préjudiciable à tous.

Enfin, il y a des situations éminemment sensibles dans cette opération de libération de l’espace public. Savoir les identifier constitue un atout. Savoir les traiter avec l’attention et la sagesse requises arrive comme la cerise sur le gâteau. Cela exige des compétences et des qualités particulières. Cela met en action un pédagogue averti doublé d’un négociateur hors pair. On ne saurait, par exemple, traiter comme une question ordinaire, l’occupation de l’espace public par les fidèles d’une religion. Il s’agit moins de montrer ses muscles que de muscler son cerveau pour réfléchir, pour trouver la bonne pédagogie qui aide à résoudre un problème global. Un problème qui concerne toutes les confessions religieuses. Et puis, il y a des exceptions à toute règle, des exceptions qui confirment la règle. « Que celui-là entende, dit la Bible, qui a des oreilles pour entendre ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 31 janvier 2017