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Une fois n’est pas coutume. Sortons du Bénin juste pour poser nos valises en cinq gares d’Afrique. Cinq escales comme autant d’arrêts sur image. Car s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, il y a toujours quelque chose de neuf en Afrique, à en croire les Latins. Alors, quoi de neuf à Yaoundé, Kinshasa, Dakar, Abidjan et Pretoria ?

Yaoundé s’est paré des couleurs nationales du Cameroun. Accueil délirant pour les héros incontestés de la Coupe d’Afrique des Nations, la CAN cuvée 2017. Vaillante équipe du Cameroun. Personne ne l’attendait là où son grand et bel exploit l’a propulsée. Voilà les Lions indomptables sur la plus haute branche du football africain après qu’ils eurent mis tous les favoris dans la sauce. Dire qu’on ne les y attendait point. Les joueurs titulaires, en majorité, ont boudé la compétition. Les supporters n’y croyaient pas vraiment, ne rugissant plus dans les bars et buvettes à chacune des sorties des « Lions indomptables ». La Fédération camerounaise de football, dans son budget, en termes de primes aux joueurs, n’a rien prévu au-delà du premier tour. Bien joué les « Lions indomptables ». Ils ont déjoué tous les pronostics.

A Kinshasa, du fait de la chamaillerie politicienne, on continue de priver Etienne Tchissékédi, figure emblématique de l’opposition congolaise, d’un repos mérité. La dépouille de l’illustre disparu, objet d’un marchandage honteux, se trouve, depuis plus d’un mois, sur le territoire de l’ancienne puissance coloniale. Faut-il l’oublier, c’est de là qu’était parti l’un des appels les plus méprisants sur l’Afrique à coloniser à tout prix. C’est de là qu’était venu l’ordre d’exécuter Patrice Lumumba, une icône de la lutte du peuple congolais pour la liberté. Qu’on rende Tchissékédi, sans délai, à la terre d’Afrique, à la terre du Congo qui l’a vu naître.  Nos frères et sœurs congolais doivent se le tenir pour dit. « La vérité, à en croire les sages africains, rougit les yeux, mais ne les crève pas« .

A Dakar, le Président Maky Sall ne s’attendait pas à cela. Manifestations diverses et bruyantes de ses compatriotes à l’annonce de la bonne nouvelle : la découverte et l’exploitation toute prochaine du pétrole et du gaz. En lieu et place des salves d’applaudissements attendues, c’est à une levée de boucliers qu’il a eu droit. En effet, chaque groupe, chaque communauté, chaque collectivité entendait connaître, dès le départ, sa part dans le partage de ce don du ciel. Il s’agit de savoir la part d’action de chacun, les dividendes des uns et des autres à la bourse nationale du pétrole et du gaz. Cela s’appelle de la vigilance anticipatrice. Au nom de la justice et de l’équité.

A Abidjan, il n’y a guère longtemps, tous les indicateurs socio-économiques étaient au vert. Était partout clamé, proclamé et célébré ce qui prenait la belle et fière allure d’une croissance à deux chiffres. L’Eldorado promis par le Président Alassane Dramane Ouattara était à portée des yeux et des mains. Patatras. Voilà que le rêve se brise, que l’embellie s’enfume, que la belle mécanique se grippe. Mutinerie par-ci. Grogne par-là. Incertitude partout. Tous ceux qui estiment être les oubliés de la prospérité donnent de la voix, tirent en l’air. Les uns et les autres s’invitent autour de la mangeoire nationale, dans le cercle enchanté de la bouffe. Ceci, au nom du sacro-saint principe de la prospérité partagée. Seront-ils entendus ?

A Pretoria, l’actualité est à la chasse à l’étranger, la chasse aux Africains installés en Afrique du Sud. Sous prétexte qu’ils propagent des vices comme la prostitution. Sous prétexte qu’ils sont des vecteurs de fléaux comme la drogue. Sous prétexte qu’ils enlèvent le pain de la bouche des autochtones. Seulement voilà : hier, au pays de l’apartheid, c’était le Blanc qui cassait du Noir. Aujourd’hui, dans « la Nation arc-en-ciel », c’est le Noir qui casse du Noir. Sommes-nous en progrès ou en recul ? La question mérite d’être posée. Mais en attendant, le silence de l’Union africaine est gros d’incertitudes. Les déclarations du Chef de l’Etat sud-africain ne rassurent point. Retenons tout simplement qu’au moment où l’Europe s’ouvre à l’accueil des réfugiés venus du large monde, un pays africain ferme ses portes aux Africains. A faire se retourner dans sa tombe Nelson Mandela. A obliger à revisiter l’idée chère à Kouamé Nkrumah : « L’Afrique doit s’unir ». Notre train entre en gare. Rentrons, chez nous, à Cotonou.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 2 mars 2017