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La fièvre du football s’empare de toute l’Afrique. Le Gabon accueille la phase finale 2017 de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Le Bénin, notre pays, comme nous le savons, n’est pas de la fête. Les Béninois applaudissent les exploits des autres à l’écoute des radios, devant leurs postes de télévision.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Concédons que tout le monde ne peut être premier de classe. Mais il est juste et bon de lorgner les premières places. Une belle et noble ambition qui a un prix : consacrer le temps qu’il faut pour se préparer le mieux qu’on peut, loin d’inutiles chamailleries. C’est une loi : le travail paie toujours et rien ne se gagne sans peine. La nature serait injuste s’elle offrait des moissons abondantes aux paresseux, ouvrait le chemin de la victoire aux plus faibles, portait au podium ceux qui se sont les moins bien préparés.

Mais à tout bien prendre, une absence en phase finale d’une CAN peut se compenser par une présence à soi. Le temps de se remettre en cause. Le temps de se regarder en face. Le temps de se voir, tel qu’en soi-même, dans le miroir de la vérité. Et la vérité, c’est quoi ?

Premièrement. La crise qui paralyse notre football est loin d’être la crise du football chez nous. C’est d’abord la crise née   du choc des intérêts contraires, des ambitions débridées, des visions divergentes des cadres dirigeants de notre football. Les Béninois n’ont jamais cessé de porter le sport-roi dans leur cœur. Les plus jeunes, de plus en plus nombreux, rêvent de faire carrière dans le football. Ces Messi, ces Ronaldo potentiels n’attendent, comme ils le laissent entendre, que « le ballon roule ». Voilà la vérité. Une génération de cadres béninois, rongée par ses divisions et contradictions, laisse s’échapper la chance historique de réunir les Béninois autour de la discipline sportive qu’ils aiment le plus.

Deuxièmement. L’expression « le football, sport-roi » ne peut plus être entendue, dans notre pays, comme un simple slogan. Au vu d’une foule de réalités, elle doit prendre la valeur d’un acte de foi. Sachons-le : il est tout à fait possible de se servir du football pour donner des ailes au Programme d’actions du gouvernement (PAG). Avec le football, nous pouvons mettre en branle une dynamique à l’échelle du pays tout entier, une dynamique qui donne un contenu neuf à l’identité béninoise, aidant à construire une conscience nationale forte. Par le football, nous pouvons trouver le ciment nécessaire qui nous soude durablement en une communauté de droits et de devoirs, ceci, par delà nos différences. A partir du football, nous pouvons réussir brillamment sur le terrain où les politiques s’essoufflent ou échouent. Grâce au football, nous pouvons chanter autrement notre hymne national. A travers le football, nous pouvons voir autrement notre drapeau national.

C’est pour toutes ces raisons que le football, en plus de sa dimension ludique et sportive, est une denrée sociale à très forte teneur politique. La politique entendue en son sens étymologique de construction de la cité. La politique s’énonçant comme un engagement citoyen qui ne laisse personne en rade, qui concerne et implique tout le monde, jeunes et vieux, riches et pauvres.

Troisièmement. La réunion de réconciliation de la famille football que vient d’initier le chef de l’Etat marque un tournant important dans la renaissance de notre football. Si les hommes étaient sincères, vivant en vérité cette réconciliation, ils se mettraient au travail sans délai. Pas la moindre seconde à perdre. Les outils nécessaires pour ce faire sont disponibles.

Il nous pèse toujours de parler de nous-mêmes. Délions-nous d’une obligation de réserve que nous avons jusqu’ici strictement observée. En mai 2015, nous avons eu à prendre la tête d’un groupe de travail de six experts dûment mandatés par le gouvernement. C’est le Comité de réunification et d’orientation nouvelle du football béninois (CRO). Dans ce cadre et à ce titre, nous avons rencontré tous les principaux acteurs de notre football dans les douze départements de notre pays. Nous avons réfléchi et produit, dans une vision prospective et novatrice, trois documents. Ils portent sur le cadre institutionnel, l’organisation et le financement de notre football. Qu’est devenu ce travail de plus de trois mois conduit avec application, sans trêve ni repos ? Fouillons les tiroirs !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 19 janvier 2017