Actualités, Société

Copier-coller. Le mot est plus que jamais à la mode. A l’ère de l’informatique et à l’heure du tout numérique, il réfère à des fonctions précises et spécifiques. L’ordinateur est largement rentré dans nos vies. Il laisse en rade une poignée d’analphabètes, des analphabètes des temps modernes. L’ordinateur pour tous les âges. L’ordinateur pour tous les usages.

On peut faire du copier-coller de diverses manières et à diverses fins. Large est l’éventail des intentions. Ce qui amène à faire un distinguo entre le rat, le singe et le joueur. Tous les trois font du copier-coller. Mais chacun à sa manière. Chacun   selon une foule de déterminants.

Est pris pour un rat celui qui reproduit frauduleusement le texte d’un livre ou copie le devoir d’autrui. Idem avec celui qui entre par effraction dans un programme informatique. Ne cherchons ni trop loin ni trop longtemps : celui-là est un voleur. Il s’approprie le bien d’autrui. Il viole l’espace privé et réservé de quelqu’un. Nous avons affaire à un bandit. C’est un rat qui trouve le moyen de s’introduire dans une pièce. Commence le massacre : il ronge et bouffe tout.

Pensez à tous ces plagiaires sans foi ni loi. Ils pompent, copient les œuvres d’autrui, au mépris de toute propriété intellectuelle. Que de thèses, que d’articles n’a-t-on pas écrits ainsi en quelques clics savamment ajustés ? Pensez également à tous ceux qui s’adonnent à la cyberattaque, au piratage informatique. Ils accèdent aux données confidentielles d’autrui, font main basse sur l’argent d’autrui, pillent les comptes d’autrui.

Est singe celui-là qui joue à faire le singe. Il copie l’autre jusqu’à la caricature. Il ne cherche plus qu’à être l’autre. Qui s’illustre ainsi jette au feu son identité, renonce à sa personnalité, perd son besoin d’être pour n’être plus qu’un être de besoins tenu en laisse par ses fantasmes.

Pensez à ces Noirs, tous genres confondus. Du jour au lendemain et en un tour de main, ils se métamorphosent. Ils deviennent blancs ou blanches. Pensez à ces Africains sanglés, de façon quasi permanente, dans leur costume veston cravate, par 40° à l’ombre, sous nos latitudes tropicales. Pensez à tous ces sœurs et frères africains qui ont fini par faire de l’ailleurs leur refuge, leur terre de prédilection, leur pays de référence et de résidence. Ils y ont semé le meilleur d’eux-mêmes, leurs raisons de croire et d’espérer. En attendant, peut-être, d’y trouver la paix d’un cimetière.

Le singe s’amuse et amuse la galerie. Pour arrêter toutes ces facéties, il faut lui tenir le seul et unique langage qui vaille, le langage de la vérité. « Le morceau de bois qui a séjourné longtemps dans l’eau, ne devient pas caïman ». Parole de sages d’Afrique. Contrairement au rat qui vole, le singe se vole. Il troque son visage, celui que la nature lui a donné, contre un masque dont il ne saura jamais l’artiste qui l’a sculpté. Voilà qui actualise la grande et belle figure de l’auteur de « Visage noir masque blanc ». !

Est un joueur, celui qui se met, par nécessité professionnelle et artistique, dans la peau d’un personnage. Ce joueur est dans un jeu de rôle comme au théâtre. Ce joueur, une fois les rideaux tombés et le théâtre accompli, récupère sa personne et sa personnalité. Il redevient lui-même. Il cesse de copier quelqu’un.

Est également un joueur, celui qui cherche à s’identifier à un modèle de réussite et de succès. Si le premier joueur est dans un jeu de rôle, le deuxième est dans le jeu de la vie. La vie qui ordonne que les petits ruisseaux aillent confondre leurs eaux dans l’immensité océane ; que les oiseaux du même plumage se ressemblent, étant entendu que « qui se ressemble s’assemble »; que qui marche sur les traces des grands, s’appliquant à savoir pourquoi les grands sont grands, est promis à être grand à son tour.

Le rat, le singe, le joueur. Trois figures identitaires aussi symboliques que significatives. Nous en avons assez dit. A chacun de nous de dire qui il est au vrai, à qui il veut ressembler ou s’identifier en vérité. Nous sommes à un carrefour. Chacun doit négocier le sens giratoire selon ses déterminations, en fonction de sa destination. Nous sommes seuls à la manœuvre. Notre volant d’action s’appelle « liberté ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 28 février 2017