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Admirable cette portion de terre appelée le Bénin. Non que ce pays soit exceptionnellement doté par la nature. Il n’a ni or ni pétrole à revendre. Mais il a su traverser, jusqu’ici et sans coup férir, de grands orages. Comme si, chaque fois, une main invisible guidait ses pas. Une voix secourable lui indiquait la conduite à tenir.

Le passage du marxisme-léninisme au renouveau démocratique aurait pu voir le pays se transformer en une autre Somalie. Ce fut, du reste, faut-il le rappeler, sur les pas du Somalien Siad Barre, notre aîné en marxisme et notre parrain en la circonstance, que nous fîmes notre entrée en terre du socialisme scientifique. De même, les élections qui ont jalonné notre parcours ces vingt-cinq dernières années, étaient toutes grosses de dangers. Heureusement, comme qui dirait : « Dieu est aux commandes. Dieu est au contrôle ».

Aujourd’hui, le « Bénin révélé » projette un Eldorado de plusieurs milliers de milliards. Si le verbe a pu se faire chair, le rêve est appelé à se faire sang. Le sang, synonyme de vie. Une vie nouvelle pour le Béninois au bout d’un nouveau départ. Voilà une grande et belle ambition. Mais toute ambition a un prix. Qu’aura-t-il à payer le Béninois pour que l’ambition qu’il endosse aujourd’hui se transforme en réalité, la réalité qu’il projette de vivre demain ?

Premièrement : tout un pays doit se résoudre à se mettre au travail, mais non forcément à courir après un emploi. Car si l’emploi est rare, le travail est permanent et partout disponible. Ceux qui vont en grève, s’engagent dans une action dont la finalité est de protéger leurs emplois. Mais s’ils s’étaient préoccupés de faire le travail qu’il faut, comme il faut, peut-être ne seraient-ils jamais tentés de faire grève.

Deuxièmement : tout pays qui s’engage à se mettre au travail   prend un bon chemin. Il peut transformer ses potentialités en capacités, ses talents en richesses humaines et matérielles. Et le développement, synonyme de progrès, sanctionne ses élaborations. Point n’est besoin d’attendre le Maire Soglo ou le Préfet Toboula avant de se donner un beau et agréable cadre de vie à Avotrou.

Troisièmement : tout pays qui se développe en se constituant ainsi une base de richesses doit savoir répartir celles-ci le plus équitablement possible. Cela ne peut se faire que selon une clé des valeurs. Car, il faut éviter de donner plus qu’il n’en faut aux uns, en laissant à la traine les autres sur ce même chemin du progrès. Non à la coopération du cavalier et du cheval. Non à la solidarité de la cigale et de la fourmi. C’est en cela que notre « Gbê do su », est un condensé de valeurs, en termes de respect de la loi, de justice sociale, de solidarité agissante.

Comme on le voit, ces trois paliers de réalité que nous venons de décliner projettent le Bénin du nouveau départ dans la vérité d’un concept majeur, le concept du changement. Malheureusement, nous l’avons laissé sans contenu. Nous l’avons réduit à un simple slogan. Nous n’avons ni pu ni su l’opérationnaliser. Alors, qu’est-ce qui doit changer pour que le Béninois devienne, enfin, l’artisan de son propre changement, dans le cadre notamment du PAG (Le Programme d’action du gouvernement) ?

D’une part, le Béninois doit changer pour accueillir le PAG. Il faut qu’il soit mentalement prêt pour gérer plus 9 000 milliards de francs CFA. En s’il n’était pas moderne dans sa tête, il ne verrait pas de ses yeux les infrastructures qui sont pourtant appelées à changer son environnement : voies pavées ou asphaltées, autoroutes, aéroports, ponts, espaces verts…

D’autre part, le Béninois doit changer pour accompagner le PAG. La gestion du neuf requiert une mentalité neuve. Le Béninois ne peut plus continuer de faire pipi partout ou d’occuper anarchiquement l’espace public. Car, refuser de s’adapter au neuf, c’est jeter des milliards par la fenêtre, c’est donner de la confiture aux cochons.

Enfin, le Béninois doit changer pour rendre les acquis du PAG durables. Le bénéficiaire au premier degré des retombées du PAG n’en est que le gestionnaire passager, à charge de transmettre le témoin aux futures générations. D’où le souci d’entretenir et de préserver l’acquis. Conservation et sauvegarde du patrimoine, c’est toute une culture.  « La vie est un pont construit par les morts, a écrit Renan, et sur lequel marchent les vivants ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 21 février 2017