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Tel un coup de massue, les résultats des examens de l’année scolaire 2015-2016 sont tombés. Têtes cassées, membres fracassés, cœurs brisés. Une parenthèse se ferme sur des larmes. Les autorités académiques bégayent des explications. Les enseignants font profil bas. Les apprenants se taisent. Leurs parents s’interrogent. Les journalistes se perdent en conjectures. Le pays est frappé dans ses œuvres vives.

Mais, il faut se ressaisir. Coûte que coûte. Envers et contre tout. Il faut effacer, sans état d’âme, ce qui mérite d’être jeté aux oubliettes. Il faut aller puiser au plus profond de nous-mêmes des réponses nouvelles à nos interrogations nouvelles. Il n’y a de pierre à jeter à quiconque. A quelque chose, malheur est bon. En référence au précepte biblique, « Si la graine ne meurt… ». Mais, immédiatement, que ferons-nous de cette masse de nos enfants recalés aux divers examens ? Cette question doit être au cœur des initiatives à prendre sans délai.

Un état des lieux s’impose. Notre système éducatif est mauvais. Rodent autour des vautours alors qu’on attend qu’accourent des esprits créatifs pour la reconstruire. Comment comprendre qu’avec toutes nos grosses têtes qui disent crouler sous le poids de leurs diplômes, nous n’avons pas pu trancher, depuis près de deux décennies, entre l’ancien système d’enseignement et d’éducation et un nouveau dit d’approche par compétence ? L’ancien est à évaluer, dans ses forces et faiblesses, avant d’être abandonné au magasin des accessoires. Le nouveau doit, pendant une période transitoire, être expérimenté sur sa nouvelle terre d’accueil avant d’être généralisé. Nous ne pouvons satisfaire à toutes ses exigences. Il n’a pas été conçu par nous et pour nous. Un greffage intelligent est toujours possible. On peut sauvegarder des fondamentaux de l’ancien, tels la syllabisation, la lecture, le calcul, la dictée etc. On peut mettre en valeur certaines intuitions fortes du nouveau, notamment celle qui place l’apprenant au centre, faisant désormais du maître un facilitateur.

Mais le maître doit en être véritablement un. Un jongleur, au savoir approximatif n’a pas sa place dans le système. Encore moins un ignorant. Nous devons revenir à ce principe fondamental selon lequel l’enseignement est un métier. « La plus grande immoralité, a dit Napoléon, c’est faire un travail qu’on ne sait pas ». Et un métier s’apprend. Entre enseignants communautaires, volontaires, vacataires, reversés, il y a trop de catégories d’enseignants qui obscurcissent le ciel de l’enseignement. Il faut y voir plus clair. La bonne santé intellectuelle et morale de nos apprenants en dépend.

Les apprenants, parlons-en. Un juste équilibre est à trouver entre les réseaux sociaux qui les accaparent, les clubs des amis qui les éloignent de leurs familles, des comportements peu catholiques qui les rapprochent de la bête. De ce point de vue, l’éducation doit redevenir le maître-mot dans et pour tous les ordres d’enseignement. L’éducation à la citoyenneté et à la modernité doit s’imposer comme l’atout-maître pour, à la fois, un enracinement dans nos valeurs de vie et une ouverture intelligente sur la vie moderne.

Les parents d’élèves ne peuvent ni minorer leur rôle ni chercher à s’exclure du système. Confier la garde et la formation de ses rejetons à l’institution scolaire ne délie point d’un devoir de suivi. Toute autre attitude participerait d’une   irresponsabilité sans nom.

Ce qui est vrai pour les parents l’est tout autant pour la société,   précisément pour l’entreprise à partir du marché du travail. Une école qui choisirait de vivre en vase clos, sans liens avec l’entreprise, ne serait qu’une boîte à fabriquer des chômeurs. Son palmarès aux divers examens n’y pourrait rien. Dès lors qu’elle se serait condamnée à libérer sur le marché du travail des cancres et des bras cassés.

Enfin, les grèves. Elles troublent l’environnement de l’école. Elles entretiennent un climat peu favorable aux études. Il ne suffit pas de dire que la grève est un droit constitutionnel pour se donner la liberté d’en user et d’en abuser. Se rend-t-on compte des vies que l’on brise ? Se soucie-t-on des destins que l’on casse ? Revendiquer quelques sous vaut-il de faire derrière soi tant de dégâts, de provoquer un tel gâchis ? Gouvernement et enseignants doivent, coûte que coûte, relancer le dialogue. A faire sanctionner par un cessez le feu. Il y a lieu de trouver la clé qui ferme définitivement l’école à la grève.  Pour qu’à l’horizon se pointe la renaissance de l’école béninoise.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 19 juillet 2016

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