Afrique, Société

L’emploi et les métiers de malheur

C’est la vérité : l’emploi, dans notre pays, est une denrée rare. Il pousse difficilement sur nos terres labourées par un sévère chômage, le chômage des jeunes notamment. Ceci expliquant   cela, nombre de nos compatriotes, sans état d’âme,   changent leur fusil d’épaule. L’emploi tarde-t-il à aller à eux ? Qu’à cela ne tienne ! Ils s’emploient à faire quelque chose. Plus précisément, ils s’emploient à faire n’importe quoi. De cette course insensée à l’emploi naissent de nouveaux métiers, fruits adultérins de la débrouille et de l’immoralité. Voici, à titre indicatif, un échantillon de ces métiers de malheur.

Les voleurs de fils, de câbles et autres objets métalliques. Les poteaux électriques et téléphoniques sont nuitamment visités et expressément autopsiés. Rapporte gros la moisson de ce vol ignoble. Rapporte tout aussi gros la moisson des panneaux de signalisation arrachés le long des voies. Ils prennent, au détour de l’atelier d’un forgeron complice, la forme d’objets usuels : marmites, casseroles, fourneaux, lames de houe etc.

Les maquilleurs de motos volés. Ils opèrent en bandes organisées. Il y a ceux qui volent les engins. Il y a ceux qui, électriciens, mécaniciens, peintres… se chargent de les transformer et de les métamorphoser. Il y a ceux qui leur rendent une virginité, fournissant une nouvelle plaque d’immatriculation et de nouveaux faux papiers. Il y a, enfin, les commerciaux du groupe. Ils sont actifs sur divers marchés. Comme on le voit, on a affaire à un conglomérat d’hommes de métiers en rupture de ban. Ils fédèrent et mutualisent leur savoir et leur savoir-faire.

Les arnaqueurs du foncier. Ils se font passer pour des spécialistes dans la vente des terrains. Des terrains dont ils ne son nullement les propriétaires. Des terrains qu’ils réussissent néanmoins à vendre à plusieurs personnes à la fois. La tchatche est leur atout-maître. Plutôt le mensonge. Car ils mentent, selon l’expression consacrée, comme un arracheur de dents. Ils arrachent effectivement à leurs nombreuses victimes beaucoup de sous. Assez de sous, en tout cas, avant que celles-ci ne comprennent leur malheur. Trop tard. Les malfrats sont déjà loin.

Les trafiquants d’énergie électrique. Ils sont, au départ, de simples et ordinaires abonnés de la Société d’énergie électrique du Bénin (SBEE). Ils se retrouvent, au bout de la chaîne, fournisseurs d’électricité, après qu’ils eurent trafiqué les compteurs de la Société mère. Tout est ainsi rondement mené selon une arithmétique complexe. Aussi complexe que les branchements anarchiques qui sanctionnent leurs œuvres. La SBEE facture un seul abonnement. Mais ce sont des centaines de personnes qui sont servies. Le trafiquant s’en tire bien avec le gain d’une multitude de branchements.

Les spécialistes en bavardage calomnieux et mensonger. Ce sont des docteurs es cancans et commérages, diplômés de l’Université de la rumeur. On loue leurs services pour vilipender et couvrir de mépris quelqu’un. On fait appel à leur expertise pour faire courir des bruits les plus invraisemblables à des fins toujours pas très catholiques. Si l’on venait à vous enterrer vivant, alors que vous continuez de respirer l’air de Dieu sur la terre des hommes, sachez que les spécialistes en bavardage mensonger sont à pied d’œuvre.

Les gestionnaires de l’offre et de la demande de Dieu. Il s’agit de tous ceux-là qui se jouent de leurs semblables en jouant avec Dieu. Ils ont pris la juste mesure du stress, de l’angoisse de ceux qui veulent bien prêter une oreille attentive à leur prêche. Ils savent tout autant la fragilité psychologique, psychique et spirituelle de ceux-ci. A leur demande de Dieu, nos gourous tropicaux ont une offre toute faite et tout prête de Dieu. Un véritable cocktail détonnant dans lequel chants, danses, divers rites d’exorcisme se mélangent à l’envi. Toute guérison ayant un coût, il ne faut surtout ni lésiner sur les moyens, ni regarder à la dépense pour sauver son âme.

Les charlatans guérisseurs. On n’en doute point : l’Afrique est détentrice d’une vraie science pour traiter et guérir diverses affections. C’est un précieux héritage de nos ancêtres. Cet héritage a résisté aux épreuves du temps, aux vicissitudes de l’histoire. Mais nul n’a le droit de se cacher derrière cette vérité pour faire du faux, faire dans le faux, distiller du faux et s’improviser guérisseur. Halte aux marchands de mort. Napoléon ne s’est pas trompé : « La plus grande immoralité, a-t-il écrit, c’est faire un travail qu’on ne sait pas ».

 

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 14 juillet 2016