Société

 

Ça va changer. Ça doit changer. Voilà ce qui nous a été promis. Mais, depuis, rien n’a bougé. Tout est resté en l’état. Pourquoi ? Parce que le changement pour lequel on s’est engagé se révèle, chaque fois, sans contenu. Du côté des gens de Porto-Novo, on dit, à juste raison, « Nou tata ma non ta ». On ne saurait faire du feu avec des braises éteintes. Voici quatre produits que le Bénin doit s’engager à consommer sans modération. Ils portent la promesse d’un changement certain. Le changement tel que nous en rêvions hier avec « Ehuzu Dandan ». Le changement tel que nous le désirons aujourd’hui à l’ère et à l’heure du « Nouveau départ ».

Quels sont donc ces quatre ingrédients sans lesquels la mayonnaise nationale manquerait de prendre ? Le débat démocratique qui libère les idées et la parole. Le dialogue social qui fait prévaloir la confiance sur la défiance. Le droit qui consacre la loi. Une diplomatie offensive qui restaure l’image du pays. En somme, les quatre « D ».

Le débat démocratique ne va pas sans une certaine culture politique. La culture politique repose sur le socle   incontournable de l’information. Malheureusement, l’absence de partis politiques qui soient autres choses que « La voix de son maître », a tué dans l’œuf tout vrai projet de débat public. Qui n’entend que la voix du Président-Fondateur-Bailleur de son parti ne peut prétendre avoir une opinion informée. Et un perroquet récitant ne peut échanger quoi que ce soit avec qui que ce soit. Car le débat suppose, en plus de savoir ce dont on parle, d’être disponible pour échanger avec d’autres, d’avoir une capacité d’écoute pour suivre les autres et surtout un bagage argumentaire qui rend le débat riche, instructif et constructif. A défaut d’une telle base, ce qu’on tient pour un débat tourne vite à la confrontation, à l’injure. Le Béninois est réduit à ne savoir plus rien faire d’autre que d’être soit pour ou soit contre quelqu’un ou quelque chose.

Le dialogue social met en situation des gens agissant dans un   champ de forces. Des forces contraires qui suivent des lignes d’intérêts fort diverses. Le dialogue social, bien conçu et bien conduit, peut faire coexister harmonieusement, dans le même chaudron social, ces forces-là. S’impose, par delà les différences, le souci de construire des compromis dynamiques dans l’intérêt de chacun et de tous. Par l’échange confiant et conciliant, on dépasse le problème posé pour n’avoir plus qu’à se concentrer sur la solution à trouver. Que de grèves n’aurions-nous pas évitées si les bœufs du dialogue avaient été mis avant la charrue des procès d’intention et des voies de fait?

Le droit pour que la loi soit notre référence constante et permanente. L’habitude du recours constant au droit de la force nous a fait perdre le réflexe du détour toujours nécessaire par la force du droit. Ce ne sont pas nos émotions qui comptent. C’est avec et sur le droit qu’il faut compter. Ce n’est pas notre capacité à tordre le cou aux textes qui créera le contexte favorable à l’émergence et au développement de l’Etat de droit. Nos émotions nous conduisent à faire dans la magouille, dans les combines et dans des fraudes en tous genres. Nos émotions vibrent de nos colères. Elles nous éloignent de l’arbitrage serein de la loi pour rétablir toutes les parties dans leurs droits. Explorons de plus en plus des voies de droit pour que force reste à la loi.

La diplomatie, certes, pour mobiliser des ressources au profit du Programme d’action du gouvernement (PAG). Mais la diplomatie également pour donner un visage et une existence au Bénin. Quel est donc ce pays qu’on a le plus grand mal à situer, à l’extérieur, autrement que par rapport à son grand voisin de l’Est ? Quel est donc ce pays oublié par la plupart des grandes firmes opérant dans la téléphonie mobile ? Le Bénin, en effet, ne figure point sur la liste des pays du monde qu’elles proposent aux utilisateurs de leurs produits. Que dire de l’absence du Chef de l’Etat au dernier sommet de l’Union africaine ? C’est assez inquiétant pour que nous fassions de l’image du Bénin un sujet de haute préoccupation. Cet engagement diplomatique n’est pas facultatif. Il est de l’ordre d’une exigence.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 7 février 2017