Actualités, Société

Phénoménal le changement qui affecte notre société. Tout va si fort, tout va si vite que, véritablement, c’est tout un monde qui s’effondre. Tout change, désormais. Tout bouge. De nouvelles valeurs, si ce ne sont des contre-valeurs, émergent. Elles ont, depuis, atomisé l’ordre ancien. Nous avions, hier, nos maîtres, nos mentors, nos sages, nos guides, nos directeurs de conscience. Ils sont tous passés à la trappe, happés et broyés par ceux que nous convenons d’appeler nos nouveaux professeurs. Il s’agit notamment des réseaux sociaux, de la télévision, de la rue (RSTR)

Les réseaux sociaux brassent une foule de personnes disséminées sur la surface de la planète terre. Ces personnes, sans forcément se connaître, ne développent pas moins une conscience de proximité et d’interactivité tout à fait extraordinaire. Prises qu’elles sont dans les liens d’un échange et d’un partage sans frontières.  A la vitesse de la lumière, des informations de toute nature, des images sur tout et rien voyagent à travers le monde. Des informations et des images sans source connue, se transformant vite en évangile selon personne.

C’est dans ce grenier virtuel que nous allons piocher des matériaux pour construire des vies réelles. Conséquence, nous restons là bloqués, nageant dans la fange des ragots et des commérages. Nous nous agitons beaucoup, portés par les vents d’une modernité artificielle, tourmentés pas la bête qui sommeille en nous.

Comme on le voit, un de nos professeurs contemporains, les réseaux sociaux en l’occurrence, utiles par ailleurs, se retrouvent bien souvent dans le rôle plutôt médiocre de gaffeurs de la pire espèce. Ne l’oublions pas : l’information est un aliment. Quand sa préparation ne bénéficie pas de l’expertise et des soins de spécialistes, le risque est grand de répandre, à grande échelle, du poison. Un poison puissant aux effets dévastateurs qui n’a rien à envier à une arme de destruction massive. L’intox est assurée. La pollution mentale est garantie. La mort est programmée.

La télévision, quant à elle, a une force d’attraction sans pareille. Elle est restée longtemps, chez nous, un produit de consommation onéreux et rare. Mais le vent de démocratie qui souffle sur elle en a fait un produit de grande consommation, à la portée du plus grand nombre. Les écrans géants installés sur les places publiques, dans les bars et buvettes ne contribuent pas peu à accélérer cette tendance. Malheureusement, nous ne contrôlons ni les images que nous produisons nous-mêmes ni celles qui nous arrivent d’autres cieux. Nous sommes ainsi matraqués, à longueur de temps, par des images abêtissantes. Nous sommes ainsi pris dans le tourbillon d’une violence imbécile et gavés à satiété de scènes obscènes. Même quand ces images nous insultent, nous les accompagnons de nos applaudissements satisfaits d’ignorants naïfs et heureux.

Voilà comment il se comporte envers nous un de nos professeurs contemporains. Que peut-on en attendre ? Quoi en espérer de bon, de beau et de bien ? En dehors du fait que la télévision viole l’intimité de nos maisons, de nos foyers, elle a la manie de rendre difficile, voire impossible tout échange, toute convivialité entre gens partageant le même espace ou vivant sous le même toit. Ce trouble-fête de maître, cet empêcheur de vivre harmonieusement ensemble est loin d’être un modèle, un exemple, une référence.

Reste, enfin, la rue. C’est l’espace ouvert et offert à Monsieur et à Madame tout le monde. L’un et l’autre pensent y avoir des droits, en oubliant superbement, et bien souvent, d’y préciser leurs devoirs. Le français, la langue de Voltaire, en certaines de ses expressions, semble avoir réglé son compte à notre troisième et dernier professeur contemporain. Qu’on en juge. « Gamins des rues », pour désigner les enfants du peuple qui côtoient tous les vices de la terre dans l’espace public de la rue.  « Filles des rues », pour désigner les prostituées.  « Etre à la rue », pour dire sans domicile, sans abri. « Jeter quelqu’un à la rue », c’est le mettre dehors. Que dire de plus de ce maître de malheur ? La cause est entendue : nous avons affaire à un prof qui est loin d’en être un.

Faisons-en le triste constat, réseaux sociaux, télévision et rue, tous nos nouveaux professeurs, sont nuls. Ils exhalent une forte odeur de médiocrité. Que faire ? Il n’est que temps d’en changer !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 11 mai 2017