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Le pouvoir est-il sourd ? Les cris de détresse d’une majorité de nos compatriotes ne troublent pas la conscience de ceux qui ont la grâce de nous diriger. Comme si ceux-ci se sentaient soudain dans une bulle de félicité. Loin des soucis qui taraudent leurs compatriotes. Point n’est besoin de tendre l’oreille. Les tourments d’un quotidien d’enfer s’entendent. La rue, les buvettes, les bars nous y aident.

La rentrée scolaire 2016-2017 frappe à coups redoublés à nos portes sur fond de morosité absolue. L’argent fait cruellement défaut. Ici et là, on tire le diable par la queue. Que faire ? Où donner de la tête ? Voilà ce qui s’entend sur nos marchés. Voilà ce qui se dit dans nos administrations.

Ceux des Béninois qui se posent de telles questions n’ont pas la tête aux reformes politiques et institutionnelles. Qu’on ne leur demande pas de se passionner pour ce médiocre combat de chiffonniers autour du COS-Lépi. Ce n’est pas leur priorité. Dans la rue, dans les buvettes de Cotonou, au cas où on l’ignorerait, on se soucie du panier de la ménagère. On rêve de réformes dans des poches désespérément trouées, dans des ventres qui crient famine. Plutôt investir dans l’homme que dans le toilettage des textes de loi qui ne vaudront, en dernière analyse, que ce que valent les hommes.

Une rentrée scolaire qui se détache sur fond de préoccupations aussi graves oblige de déployer autrement le génie béninois. Si c’est au pied du mur qu’on voit le maçon, c’est face à ces réalités-là qu’on saura si nous sommes un désert de compétences ou une mer de talents.

Que faisons-nous, que ferons-nous de la masse des recalés des tout derniers examens scolaires ? Dans ce bar perdu des faubourgs de Cotonou, on s’interroge. Même si tout était parti d’une bonne intention, celle d’avoir des examens propres qui révèlent le vrai niveau de nos apprenants, ceux que l’on risque de condamner au triste destin de « déchets » ont des droits. Ne gérons-nous pas nos ordures ? Sous d’autres cieux, elles deviennent de « l’or dur » ou de « l’or qui dure ».

Dans la perspective des encombrements qui se profilent à l’horizon, inquiétant, insupportable est le silence des ministères en charge des divers ordres d’enseignement. A quelle sauce seront-ils mangés ces milliers d’enfants béninois ? Silence, on gère ! Nos experts sont à pied d’œuvre. Ils se pressent lentement. En feront-ils de même avec la crise qui secoue l’Université d’Abomey-Calavi ?

La dette intérieure est lourde. Et c’est l’un des tout premiers constats de la nouvelle administration. Reconnaître une dette, c’est bien. S’en acquitter, c’est mieux. Et il est dit que « Qui paye ses dettes, s’enrichit ». Le gouvernement s’interdirait-il de s’enrichir en se pressant lentement pour apurer ses dettes ? La question, lancinante et persistante, entre deux verres de bière, est sur toutes les lèvres. De la bière étrangère dit-on. Elle aurait envahi nos marchés après avoir passé nos frontières poreuses, mettant KO la bière brassée sur place.

Liquider la dette intérieure, c’est huiler tout aussitôt tous les circuits économiques. C’est faire souffler un vent frais sur tous nos marchés. C’est redonner des couleurs au commerce. C’est   booster les échanges. Le marché international de Dantokpa retrouverait tout aussitôt son rôle de place boursière informelle, à la satisfaction de milliers d’acteurs et d’opérateurs. Y pense-t-on en haut lieu ? C’est le point à l’ordre du jour du parlement de la rue sis derrière la morgue du CNHU Hubert Maga à Cotonou. Il siège sans désemparer.

Dans cette boîte de nuit plutôt huppée du front de mer,   quelques cadres s’entretiennent en aparté. Monsieur Toboula serait-il placé en « Préfecture surveillée » avec la création d’une cellule de vérification des arrêtés préfectoraux ? Quid de la   communication gouvernementale qui s’entoure d’un rideau de fumée, après avoir tout consenti aux réseaux sociaux ? A quand la fin de la diète imposée aux médias nationaux ? Privés de contrats institutionnels, ces médias sont au bord de l’apoplexie. De quoi demain sera-t-il fait ? Consulté, le fa, notre système de divination, reste énigmatiquement silencieux.

Il se fait tard. Cotonou arbore sa robe de nuit. Les rues sont vides. Le silence est roi. Quelques chiens s’égayent sur des tas d’ordures qui jouxtent les maisons d’habitation. Dans les chaumières, le cauchemar des citoyens se poursuit. Mais, jusqu’à quand ?

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 30 août 2016