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Impoli. Celui ou celle qui est ainsi traité n’est ni comblé de louanges, ni couvert de compliments. Il est plutôt mis à nu sous le fardeau d’une tare. Et l’on a assez de munitions pour le cribler de synonymes propres à la sale réputation qu’il s’est faite : grossier, goujat, malpoli, discourtois etc. L’impoli n’a pas sa place dans un cercle d’excellence. Il ne peut être en odeur de sainteté dans un univers où bienséances et convenances font bon ménage.

L’impoli ainsi saisi dans son être, reste à le découvrir dans son comportement. Passons en revue quelques hauts faits et exploits de l’impoli. De la goujaterie en pile. De la grossièreté en plaques.

Voici un jeune homme qui déboule dans une salle où des gens l’ont précédé. Il ne salue personne, comme s’il avait affaire à des objets inanimés. Il prend place d’autorité dans une longue file d’attente, s’adjugeant la place qu’il estime être la sienne. Et de tenir en respect, par l’arrogance et par l’insolence, tous ceux qui désapprouvent son comportement. Il n’y a pas à se méprendre. Nous avons affaire, selon les Fon, à un « Djagouda ». Un « Djagouda » de la pire espèce, l’une des multiples figures de l’impoli.

Dossa est paisiblement assis, dans un transport public. Il a autour de lui, debout, une femme enceinte qui geint de douleur et un handicapé moteur qui manque, à chaque secousse, de perdre l’équilibre et de s’étaler de tout son long. A aucun moment, il ne vient à l’esprit de Dossa de céder son siège à l’un ou à l’autre de ces deux passagers. Le premier qui s’avise de lui en faire la remarque est violemment rabroué et couvert de noms d’oiseaux. Il manque de peu de se faire aplatir comme une galette à coups d’arguments frappants.

Zinsou, quant à lui, ne connaît ni d’Adam ni d’Eve cet adulte qu’il croise incidemment dans la circulation. Un quidam qui aurait pu avoir l’âge de ses parents. Pourtant, il le toise avec dédain et lui lance insolemment « Papa, yi gbodjè ». Comme pour dire à cet inconnu, « Vieux père, pour ton âge, ta place n’est plus dans la rue. Alors, dégage ! Va t’enterrer chez toi. Va t’y reposer en paix. » Zinsou, par cette attitude à la fois injustifiable et inqualifiable, est la somme parfaite du provocateur, de l’insolent et de l’insulteur public. Ce sont là autant de traits qui dégagent le profil de l’impoli. Zinsou en est un, un impoli auquel il faut accoler le qualificatif de « dangereux ».

Codjo et Coffi ont été à bonne école. A l’école de l’impolitesse. Il s’agit du cercle des amis de leur père, une bande de joyeux lurons à la retraite. Ils gèrent l’ennui à jouer à la belotte. Ils passent le temps à carburer à l’alcool. Ils surfent sur la nostalgie de leur prime jeunesse, en racontant, sur les femmes notamment, des histoires indécentes et ordurières. Codjo et Coffi, qui fréquentent assidument ce cercle, ont tôt fait de prendre des grades en ces paroles sordides sur les femmes. C’est vrai : les mauvais exemples sont hautement contagieux. Codjo et Coffi, contaminés par papa et ses amis, vont, à leur tour, contaminer leurs camarades d’école. Aussi se font-ils passer pour des docteurs es paroles indécentes sur les femmes. Aussi jouent-ils les experts à la réputation sulfureuse établie de « déshabilleurs » de ces dames. C’est à se demander s’ils sont nés d’une femme. C’est à se poser la question de savoir quel respect vouent-ils à leur mère. Comme quoi, l’impolitesse pousse sur des terres où on l’attend le moins. Elle investit des espaces sacrés qui doivent pourtant être rigoureusement protégés et respectés.

Nous venons de remettre, à sa demande expresse, une copie de la présente chronique à un jeune confrère. Il nous prend le texte des mains, nous tourne le dos et disparaît sans dire merci. Surprenant. Les gens de notre génération n’ont pas été ainsi éduqués. Une attitude aussi désinvolte est de l’ordre d’un manquement grave aux bonnes manières, à la bienséance. Que faire ? Nous décidons, avant que notre jeune confrère ne fasse amende honorable, ne comprenne la nécessité de sacrifier à l’usage du mot « merci », ce petit mot qui ne coûte rien mais qui vaut si cher, nous décidons de l’appeler « Impoli ». Cela suffira-t-il ? Aidez-nous à « rectifier » un confrère. Aidez-nous à sauver un homme.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 9 février 2017