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Payons au Programme d’actions du Gouvernement (PAG) sa part de rêve. Un Béninois normalement constitué qui naviguerait dans ce Programme sans rêver, doit se résoudre à consulter un médecin. Dans un ordre naturel, un rêve d’une main offert se doit d’être accueilli de l’autre comme une réalité à vivre. Descendons donc des hauteurs éthérées du rêve pour la forge de l’action. C’est là où nos mains doivent se joindre et se rejoindre pour donner chair et sang au Bénin de nos rêves. S’énoncent ainsi les conditions de succès du PAG, sur la foi de trois questions. Qu’est-ce qui va se passer ? Qu’est-ce qu’il faut exiger ? Qu’est-ce qu’on est en droit d’espérer ?

Première question : qu’est-ce qui va se passer ? Nous avons à mobiliser, sur le quinquennat en cours, 9 039 milliards de nos francs. Nous avons à créer, par ailleurs, 500 000 emplois directs et induits. Le plus gros de nos investissements se concentre sur 45 projets phares estimés à 7 086 milliards.

Mais d’où viendra l’argent ? Autrement dit, quelles sont nos sources de financement ? Des sources privées, des sources publiques, des recettes intérieures…Ce qui suppose, à l’interne, un assainissement de nos finances, une législation favorable à l’investissement. Ce qui suppose, en direction de l’extérieur, le déploiement d’une diplomatie proactive et efficace. Convaincre de la fiabilité et de la solvabilité de l’Etat béninois. Donner des gages quant à la sécurité des investissements chez nous. Donner des assurances quant à un retour sur investissement gratifiant. Donner des garanties quant à qualité du climat des affaires (procédures administratives et juridiques, prestations et accompagnements des banques, sérénité dans les entreprises, qualité de la ressource humaine …). Etablir la certitude que nous ne sommes pas une jungle, mais un Etat de droit.

Deuxième question : qu’est-ce qu’il faut exiger ? Il faut exiger compétence, rigueur et patriotisme. Se pose d’emblée un problème de gouvernance. Quels en sont les termes ? Comment gérer au mieux la plus importante mobilisation de fonds jamais réalisée par notre pays ? Comment canaliser et orienter, sans coup férir, des fonds aussi importants vers leurs destinations respectives ? Comment échapper aux pesanteurs socioculturelles qui voudraient que « quand on a l’un des siens sur un pommier, on peut être assuré qu’on ne mangera pas des pommes vertes. » ? Comment passer les marchés publics dans les conditions de transparence irréprochables ? Comment assurer un arbitrage constant qui rassure et un suivi rigoureux qui apaise ?

Toutes ces interrogations tournent autour d’un déterminant unique et majeur : l’homme. Il est au début et à la fin du PAG. Le sort de ce Programme est entre ses mains. La PAG sera ce qu’il en fera. Ses qualités et ses vertus en assureront le succès. Ses manquements en sonneront le glas. Mais il est nécessaire de passer de l’homme générique à l’homme béninois. Le PAG doit être perçu comme une chance. C’est un laboratoire de vertus. Il nous faut affiner l’expertise des Béninois. Il nous faut former une conscience du devoir plus exigeante, empreinte de civisme et de patriotisme. Il faut que le Bénin révélé soit, au premier chef, l’affaire des Béninois. C’est la seule manière de s’assurer que le Bénin nouveau sera bien entretenu. Après que les étrangers auront fini leur part de job et seront rentrés chez eux. Le vrai pouvoir est interne. Nul n’est fort et ne sera assez fort au compte d’autrui, au compte des autres.

Troisième question : qu’est-ce qu’on est en droit d’espérer ? Le rêve qui devient réalité. Un pays qui change vraiment. Un peuple fier qui aura eu raison de croire et d’espérer. Un Président comblé qui aura marqué d’un sceau indélébile l’histoire de son pays. Williams James l’a dit : « Tout ce que l’esprit de l’homme peut concevoir et croire, l’esprit de l’homme peut le réaliser ». Deux mots clés dans cette citation : concevoir et croire. Concevoir, c’est mobiliser de toutes les intelligences autour du PAG. Le succès de ce Programme sera l’œuvre de tous nos cerveaux interconnectés et tendus vers un objectif commun. Croire, c’est tenir pour certain, au départ, hors de toutes autres considérations, que le PAG, c’est possible. En somme, s’éloigner de Saint Thomas, voir avant de croire, pour retrouver les yeux de l’esprit, croire fortement pour voir sûrement. Le Bénin révélé ne peut mieux se révéler.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 27 décembre 2016