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Vous ne le savez peut-être pas. Le Président Nicéphore Soglo, à la question de savoir si les anciens Présidents de la République, dans notre pays, sont bien traités, répond (Citation) : « Je suis mal traité et il faut le dire. Je suis allé chez Konaré au Mali, il est dans un château qui se trouve dans un domaine offert. Quand vous voyez Mandela, il a fait la prison et à sa sortie, l’Etat l’a pris en charge. Je veux avoir un local et avoir un cabinet pour travailler. Ce qui me reste de ma vie, c’est d’écrire ce que j’ai vécu » (Fin de citation).

Ces propos sont à trouver dans l’interview que le Président Nicéphore Soglo a accordée au quotidien « L’événement précis » N° 1627 du 3 juin 2016. Relisons, pour mieux les comprendre, les propos du premier Président élu du Renouveau démocratique dans notre pays (1991-1996).

Le Bénin n’accorde pas, semble dire le Président Soglo, l’attention qu’il faut à ses anciens Présidents de la République.  Certes, comparaison n’est pas raison. Mais force est de constater que sa situation d’ancien Président n’a rien de comparable avec celle de son ancien homologue malien, Omar Konaré. Quant à la prise en charge de Nelson Mandela par l’Etat sud-africain, elle se passe de tout commentaire.

Le Président Soglo ne se limite pas à la simple expression d’une insatisfaction. Il émet un vœu. Tomberait-il dans l’oreille d’un sourd ? « Je veux avoir un local et avoir un cabinet pour travailler. Ce qui me reste de ma vie, conclut-il, c’est d’écrire ce que j’ai vécu ». (Fin de citation). C’est fort pour être entendu. C’est clair pour être bien compris.

Qu’est-ce qui justifie qu’une attention particulière soit accordée à nos anciens Présidents de la République, attention doublée du souci d’une prise en charge conséquente ? Celui qui, à un moment de sa vie, a incarné le pouvoir suprême dans son pays et s’en est sorti dans l’honneur et dans la dignité, n’est pas et n’est plus un citoyen ordinaire. Il s’est tracé, pour le reste de sa vie, un chemin singulier de vie. L’Etat qu’il a incarné se doit de le reconnaître. L’Etat qu’il a servi se doit de l’accompagner du mieux qu’il peut. Pourquoi ?

Il est une réalité propre à tout pouvoir : le pouvoir ne s’arrête pas à la personne ou ne finit pas avec la personne de celui qui l’a exercé. Qui a approché le pouvoir, à plus forte raison qui l’a incarné, en est prisonnier toute la vie. C’est pourquoi un ancien Président se doit toujours de tenir son rang, dans le sens indiqué par les sages fon : Yé non gni gnan, bo non lês wa gni gnanvi ha ». On ne peut avoir été noble ou haut dignitaire et se retrouver, au pied de l’échelle sociale, comme un vulgaire roturier. Un ancien président qui ne s’accorderait pas avec une telle idée projetterait une image dévaluée du pouvoir. Aussi bien du pouvoir qu’il a exercé que du pouvoir qui s’exerce après lui.

Au cas où on l’ignorerait, un ancien Président est une personne ressource d’un genre particulier. Il est consulté sur tout, pour tout, de partout. Il reçoit de jour et de nuit. Il conseille, guide, oriente. Il intervient dans les périmètres insoupçonnés de sujets et préoccupations insoupçonnables. Il fait, à longueur de temps et très souvent à titre gracieux, de la consultance tous azimuts. Il vend l’image de son pays où qu’il passe, quoi qu’il fasse sans le moindre sou en retour. Refuserait-on à ce grand bénévole, des moyens nécessaires pour se payer, par exemple, un billet d’avion « Affaire » ou « Première » ? Il y va de son image et de l’image de son pays.

Une dernière idée à retenir de la déclaration du Président Soglo, c’est ce local et ce cabinet qu’il souhaite avoir pour travailler, pour « écrire, comme il le dit, ce qu’il a vécu ». Existent des disposions légales fixant les avantages et privilèges liés au statut des anciens Présidents de la République. On doit les relire pour mieux les adapter à l’air du temps. Reste à prendre en compte les vœux particuliers de chaque ancien Président. Cela devrait être une offre à la carte. Le Président Soglo brûle d’envie d’écrire. La passion des autres anciens Présidents est certainement ailleurs. Nous sommes les mêmes. Mais nous sommes différents.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 28 juin 2016