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Pourquoi le Bénin est-il l’un des pays de la sous-région les plus touchés après la dévaluation du naïra ? Les causes sont à la fois structurelles et conjoncturelles.

La banque centrale nigériane tente par tous les moyens de modérer les craintes de crise bancaire dans le pays, qualifiant d’infondées des rumeurs selon lesquelles des établissements de crédit seraient en difficulté. Une réaction trop tardive ? Au Bénin limitrophe, depuis plusieurs mois, les effets de la baisse de la valeur du naïra sur le marché noir, puis sa dévaluation le 20 juin dernier, n’ont fait que plonger le pays dans une crise économique et financière qui ne dit pas son nom. Ce qui fait dire à plusieurs analystes que « quand le Nigeria éternue, le Bénin s’enrhume ».

Forte dépendance

Chiffre à l’appui, il faut savoir que 80 % des activités économiques du Bénin sont liées au marché nigérian. C’est dans les années 1960, au moment de la guerre du Biafra, que le Bénin a axé sa politique de développement sur le commerce de réexportation, d’abord en approvisionnant son voisin nigérian en produits de première nécessité. Par la suite, le Bénin va se spécialiser dans la réexportation de marchandises importées d’Europe ou d’Asie : des produits de luxe notamment, avant de se recentrer sur des produits bas de gamme, comme les voitures d’occasion, le riz, le tissu wax, le lait ou encore la tomate. Aujourd’hui, les réexportations vers le Nigeria représentent près de la moitié des ventes extérieures du Bénin, et 50 % des recettes douanières. Mais c’est surtout l’essence de contrebande ou « kpayo » qui est le produit phare de ces relations commerciales. Sans oublier que le Bénin est très fortement dépendant du Nigeria en matière d’énergie électrique.

Depuis la fin de l’année 2015, la première économie du continent africain traverse une crise financière due à la chute des cours mondiaux du pétrole, qui compte pour environ 70 % des revenus de l’État et 90 % des réserves de devises étrangères du pays. Les réformes engagées pour réformer l’économie nigériane ces derniers mois ont lourdement impacté les activités commerciales entre les deux pays (qui partagent plus de 700 kilomètres de frontière). Même si tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière ni au même moment, il faut analyser les impacts au cas par cas.

Trouver rapidement de nouveaux mécanismes

Pour s’y retrouver, les opérateurs économiques béninois vont acheter au Nigeria en CFA et donc font des profits pour revenir vendre ces produits sur le sol béninois à moindre coût. Sauf que dans l’autre sens, c’est plus difficile, au vu de la guerre que mène actuellement le Nigeria contre les importations. Le premier réflexe des commerçants nigérians est donc d’être plus hostile aux revendeurs béninois. Autre secteur, autre conséquence. Cette fois sur le secteur de l’informel, avec la vente d’essence. Certains Béninois vont s’approvisionner sur le marché nigérian et viennent vendre cette essence encore moins cher, dans le secteur de la contrebande et non pas dans les stations-service formelles. Conséquence : il y a mévente pour les stations-service, qui ne peuvent plus payer leurs employés, et donc connaissent des difficultés de trésorerie qui impactent les impôts. Sans compter l’inflation galopante dans les deux pays. Au Bénin, c’est à Dantokpa, plus grand marché d’Afrique de l’Ouest, que s’observe l’augmentation du coût de la vie. Exemple : le sac du Gari (produit de grande consommation fait à base du manioc) autrefois vendu à 20 000 francs CFA est désormais à 50 000 francs CFA. Les commerçants ont des difficultés à écouler les marchandises et les Nigérians ne viennent plus s’approvisionner.

Mais, bonne nouvelle, une éclaircie est annoncée sur le front de l’économie nigériane, preuve s’il en fallait, l’essence de rue était jusqu’à présent disponible à 325 francs CFA, désormais elle est disponible à 375 francs CFA. Signe que les effets de la remontée du naïra ne devraient pas tarder à se faire ressentir sur l’économie béninoise.

 

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