Société

 

La vérité, la voici. Nous restons tassés sur cette portion de terre appelée le Bénin. Sans fenêtre sur le vaste monde. Comme si tout s’arrêtait à nos frontières. C’est à croire que nous sommes incapables de porter le regard vers les horizons lointains, d’élever le niveau de nos ambitions. Pourtant, le Bénin n’est qu’une toute petite case dans le village planétaire qu’est devenu le monde. Dans ces conditions, tout repli sur soi a valeur d’un engagement macabre. Celui qui sous-tend la chronique d’un suicide programmé.

La Coupe d’Afrique des nations des moins de 20 ans se déroule en ce moment en Zambie. Nous n’y sommes pas. Pendant que les autres se démènent là-bas, nous, nous prenons du bon temps ici.

Le rideau vient de tomber sur la Coupe d’Afrique des nations,   cuvée 2017. Nous n’avons pas pu fouler le gazon gabonais. Eliminés dans les phases préliminaires, nous nous sommes condamnés à applaudir les exploits des autres à la maison.

Le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (FESPACO) vient de fermer ses portes. Hors la magnifique distinction de Sylvestre Amoussou, marginale a été notre participation. Peut-il en être autrement ? Les cinéastes béninois présents à Ouagadougou ont laissé derrière eux un pays qui n’a plus de sales de cinéma. Alors, quel cinéma, quel cinéaste, dans quelles conditions de création, pour quelle qualité de films ?

Le Chef de l’Etat n’a pu se rendre, fin janvier, à Addis-Abeba, au sommet de l’Union africaine. Son siège n’était pas resté vide. Il s’est fait représenter.  N’empêche. Présence en demi-teinte ou absence atténuée du Bénin ? On connait l’histoire du verre d’eau à moitié plein ou à moitié vide.

Le sport cycliste a aligné ces jours derniers une série de compétitions, du tour du Rwanda au tour du Gabon. Nous n’avons pas pu honorer ces différents rendez-vous. Plutôt le confort d’un canapé que la dure réalité d’une selle de vélo.

On dit que les absents ont tort et que la politique de la chaise vide n’est pas payante. Mais avons-nous les moyens de conduire une politique conséquente de présence en Afrique et dans le monde ?

Les moyens, c’est bien. Mais avant tout, un désir ardent doublé d’une ambition haute. A faire couronner par une vision claire de ses objectifs. A faire asseoir sur des motivations fortes. Exemple, le football au Bénin, notre football. Soit dit en passant, il est nul dans son organisation globale à l’intérieur, ne résonnant que de la cacophonie de sa direction. Il n’est que l’ombre de lui-même à l’extérieur. Un fantôme, à la vérité.

Le visage de notre football étale notre incapacité à formuler   une vision d’avenir nette et claire. Les questions ci-après attendent de nous des réponses. Où allons-nous ? Pourquoi voulons-nous y aller ? Quelle part de sacrifice sommes-nous prêts à consentir pour ce faire ? Sommes-nous mentalement prêts à rompre d’avec nos vielles habitudes ?  Nos bricolages constants, nos ajustages permanents ne sont-ils pas une manière de rajeunir de vieux habits ?

De même, préférer les raccourcis, les voies de traverse à la volonté d’affronter les obstacles du chemin ne peut déboucher que sur une impasse. La folle illusion de croire qu’on peut construire un immeuble en commençant par les étages supérieurs. Retrouvons les normes. On ne triche pas avec. Conformons-nous aux principes. On ne joue pas avec.

Hors le fait que le football est un sport collectif, aucun projet de réforme ne peut aboutir suite à un raid solitaire, avec et à partir de la vision étriquée d’un seul. Il faut s’ouvrir. Il faut échanger. Il faut partager. Le « Yinwê » n’est pas payant. « L’intelligence d’un seul, à en croire les sages d’Afrique, est à l’image d’une calebasse fêlée ».

Les moyens matériels ne suffiront pas. Même avec la valeur ajoutée des douze académies de sport projetées par le Programme d’Action du Gouvernement (PAG). Le remède suprême, c’est l’homme. Point barre. Il n’y aura pas de miracle. Il faut penser droit. Il faut agir comme il se doit. Et le reste nous sera donné de surcroît.

Comme on le voit, une présence brillante de notre pays à   l’extérieur est non seulement souhaitée, mais elle est de l’ordre d’une nécessité. Reste à la vouloir vraiment et à y travailler durement. Sommes-nous prêts à engager ce pari ? Notre réponse nous obligera.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 7 mars 2017