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Sommes-nous peu ou trop nombreux ? 10 millions de Béninois ayant destin lié, sur quelques milliers de Km2 de terres. Ce n’est pas rien. La démographie ou l’étude statistique des collectivités humaines s’impose aujourd’hui comme une donnée majeure dans tout projet de développement. Aucune projection sur l’avenir ne peut l’ignorer. Aucune forme de planification ne peut la minorer. La démographie fournit diverses indications sur l’évolution d’une population. Elle avertit des menaces. Elle aide à identifier, à repérer des seuils de rupture dans l’évolution de la structure humaine d’un pays.

Pour comprendre l’évolution humaine du Bénin, nous avons retenu trois axes d’éclairage à l’effet de répondre à une seule question : les données démographiques disponibles augurent-elles, pour notre pays, d’un avenir radieux ou le conduisent-elles vers des lendemains qui déchantent ?

Premier axe d’éclairage : l’éloquence glaciale des chiffres.  Luc Gnancadja, ancien ministre, a publié, il y a une dizaine de jours, dans la presse nationale, une tribune. Les réformes politiques et institutionnelles en furent l’objet. L’auteur n’a pu ni projeter l’avenir ni viser un quelconque horizon, sans prendre en compte une somme de « dynamiques démographiques ». Il s’agit des tendances lourdes qui pèsent sur la marche du Bénin d’aujourd’hui et dont dépend le destin du Bénin de demain. Les chiffres, les données statistiques qui balisent la réflexion de l’auteur sont édifiants.

  • 3,5%, c’est l’accroissement annuel de la population du Bénin, entre 2002 et 2012. C’est l’un des taux les plus élevés au monde.
  • La population nationale a doublé de 1990 à ce jour. La population urbaine a plus que triplé. En 2020, la moitié des Béninois vivra dans les villes.
  • 57% des Béninois ont moins de 20 ans. Cela rend compte du poids démographique exceptionnel des jeunes au niveau de tous les segments significatifs du développement du pays.

Deuxième axe d’éclairage : le silence coupable des décideurs. Ces chiffres qui font frémir, ont quitté la sphère d’élaboration des spécialistes. Ils sont bien en place dans les rapports qui trônent sur les bureaux de nos décideurs. Qui prend la peine de les lire ? Qui décide de les consulter ? Qui se charge de les traduire en données opérationnelles ? Nourrissent-ils la réflexion ? Eclairent-ils les axes de planification ? Inspirent-ils des décisions d’Etat ? Déterminent-ils des stratégies d’action ?

Si nos décideurs savaient lire l’évolution démographique de notre pays, ils ne montreraient point autant de laxisme sur la question cruciale de la décentralisation. Un seul exemple, le travail des jeunes, sujet préoccupant s’il en est. Ici, l’Etat central montre ses limites. Mais il s’interdit, dans le même temps, de saisir les opportunités que peuvent offrir nos communes, à tenir pour des gisements potentiels d’emplois. Nos décideurs ne devraient pas non plus se montrer peu regardants sur la question du sport en général, du football en particulier. Des milliers de jeunes en ont fait leur fonds de rêve, d’espérance et d’ambitions. Ne parlons pas de tous les autres secteurs où nous manquons de politiques pertinentes pour un développement maîtrisé : éducation, santé, cadre de vie, loisirs, parité homme/femme, infrastructures…

Troisième axe d’éclairage : l’inconscience joyeuse des populations.  En l’absence d’une éducation des populations aux réalités et aux vérités de la démographie, le Bénin se peuple dans le désordre. Dans nos campagnes comme dans nos centres urbains, nombre de nos compatriotes continuent de chanter « Ovi wê gni dokoun » « Ovi wê gni alé ». L’enfant, c’est la vraie richesse. C’est le bénéfice dont la vie nous gratifie. Comme si la recette pour s’enrichir dans la pauvreté, c’était de   procréer à tout va, à volonté, à gogo. Les familles se boursoufflent à vue d’œil. La chaîne des parents, alliés et amis s’allonge à l’infini. Les difficultés de tous ordres s’ajoutent aux problèmes de toutes tailles. La fameuse solidarité africaine se mue en un socialisme parasitaire et tentaculaire.

Au casino des riches, l’expression « Faites vos jeux » est une invite à miser. Que peut signifier la même expression au casino des pauvres ? Alors qu’on a les poches vides. Pendant que l’on tire le diable par la queue. Au moment où l’on est entouré d’une ribambelle d’enfants. La cause est entendue. A « Ovi wê gni dokoun » répond « Ovi wê gni ya ». Comprenne qui pourra. Comprenne qui voudra.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 9 août 2016