Afrique, Politique, Société

Eclipse de soleil ou éclipse de lune ? Tout dépend du passage de l’un ou de l’autre astre dans l’ombre de la terre. Il y a également une éclipse des hommes. Tout dépend du temps d’exposition de ceux-ci aux feux de la rampe, aux lumières de l’actualité. Nous nous sommes penché sur les trajectoires plutôt contrastées de certains hommes. Tantôt portés par les houles d’une marée haute. Tantôt aux abonnés absents, tout au creux de la vague. 

Vous connaissez le Préfet du Littoral, Modeste Toboula. Sa farouche volonté d’assainir et de mettre de l’ordre dans Cotonou, la vitrine du Bénin, l’a propulsé aux toutes premières loges. Il était de tous les combats. Il était de tous les débats. Il bravait tous les orages. Il essuyait tous les outrages. 

Et puis, tout d’un coup, plus rien. Plus de Préfet Toboula dans les rues, dans les vons, à la tête d’une armada de forces de l’ordre et de gros engins occupés à démolir maisons et ouvrages égarés dans l’espace public. Il quitte la scène sans crier gare, pour une éclipse soudaine. Les réseaux sociaux, dans la période pascale, ont annoncé son retour prochain. Et   qui dit pâque dit résurrection. Attendons de voir.

Le deuxième personnage qui aura à connaître la courbe d’une même éclipse est Joseph Djogbénou, ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Parce qu’il aura été confondu à la trajectoire d’un projet de révision de la Constitution présenté comme l’une des actions phares du quinquennat avant de chuter lourdement au seuil de l’hémicycle. 

Et pourtant, que de peine ne s’est-il pas donnée, que d’énergies n’a-t-il pas libérées. L’éloquence de l’avocat n’a pu inverser le cours des choses. La science du professeur non plus. Une débauche d’arguments qui, aux yeux et aux oreilles de plus d’un n’était qu’une vaine manière de prêcher un converti. En somme, beaucoup de paroles qui auront glissé comme l’eau sur les plumes d’un canard.

Maintenant que le projet a été étouffé dans l’œuf, que le cours magistral du professeur et la plaidoirie lumineuse de l’avocat n’ont pu opérer le miracle espéré, que fera Joseph Djogbénou ?  Se taire ?  Méditer sur la cruauté de la politique, le cynisme du politicien ? Disserter sur la vanité des choses de ce bas     monde ? Nul doute que le moment venu, il avisera.

Candide Azannaï, ci-devant ministre de la Défense, suit, à son niveau, la route de crête d’une éclipse d’un genre particulier. Lui seul en a le secret. Puisque qu’il garde secrètes les raisons de sa démission du gouvernement. Il n’y a guère longtemps, l’homme de la rue vous dira « plus Talon que Azannaï, il n’y a pas deux ». Pourquoi ce divorce brutal et inattendu ? Seul l’écho vous répond. Une éclipse qui commence sans qu’on sache les raisons et les motivations qui sous-tendent cette démission. Une éclipse qui se poursuit sans qu’on se soucie de l’exigence républicaine élémentaire d’une passation de service. Une éclipse qui risque de se terminer dans le mépris du peuple souverain condamné au triste destin des trois singes de la légende : ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre. 

Sébastien Adjavon, quant à lui, va opérer une éclipse à l’envers. En ce qu’il va jaillir de l’ombre pour la lumière. En ce qu’il va se dégager d’une sale affaire de drogue qui a failli l’envoyer dans les cachots de l’oubli pour apparaître, radieux et triomphant, au soleil de la République, un parti politique sous le bras. L’opérateur économique opère ainsi une mue majeure. C’est le passage du sentier de la volaille au boulevard du pouvoir suprême, du pouvoir d’Etat. Cela vaut le grand écart.

Enfin, Albert Tévoèdjrè, l’ancien médiateur de la République, à 88 ans, a toujours bon pied bon œil. Il vient de recevoir, coup sur coup, la visite de Nicéphore Soglo, ancien président de la République et celle de Candide Azanaï, ancien ministre. Il se fait, par ailleurs, le chantre inspiré de « La paix par un autre chemin » et appelle à « la mobilisation générale contre la pauvreté ». Une débauche d’activités et d’énergies qui déborde   sa propre conception de l’éclipse, à savoir « surgir, agir et disparaître ».  L’ancêtre a oublié d’ajouter un quatrième mot : « surprendre ». Et c’est vrai qu’il nous surprend, qu’il nous surprendra toujours. Mais pourquoi ? Albert Tévoèdjrè a la réponse : « Ici, c’est le Bénin ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 20 avril 2017