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Pleins feux sur la FAD. Comprenez la foire africaine de la démocratie. Une véritable foire d’empoigne. Elle bruit de bombes qui explosent. Elle frémit d’horreur sous l’effet des tirs à balles réelles. Elle résonne de cris de manifestants traqués, d’opposants battus, des râles des agonisants. L’Afrique fait ainsi l’expérience de la démocratie dans la douleur : pluie de larmes, torrent de sang, éruption de violence et de haine. C’est à croire que la démocratie, qu’on dit pourtant être le moins mauvais des régimes politiques, se transmue, sur les terres africaines, en un monstre sanguinaire.

Il est vrai que c’est contraints et forcés, donc très médiocrement préparés, que la plupart de nos pays rejoignent la caravane universelle de la démocratie. Quand on n’a ni la volonté ni les moyens de conduire à bien une action, on est réduit ou on se réduit à faire semblant, à mimer, à singer, à se masquer. Elle est là et toujours là, dans un gant de velours, la main assassine de la dictature et de l’autocratie. Tout le reste n’est que comédie. Tout le reste n’est que mascarade. Plutôt les apparences que la substance, le contenant que le contenu, la forme que le fond. A ce jeu et parodiant l’autre « et si l’Afrique refusait la démocratie ».

L’Afrique refuse la démocratie partout où elle s’organise pour tordre le cou à la loi fondamentale. Ce qui autorise l’homme fort du moment à jouer les prolongations au pouvoir. L’Afrique poignarde la démocratie dans le dos partout où elle   s’arrange pour que l’affaire soit entendue avant même qu’elle ne soit engagée. Cela s’appelle au Bénin  » premier tour KO ». L’Afrique piétine la démocratie partout où l’on joue à différer les élections, trouvant chaque fois et toutes les fois des arguties pour les renvoyer aux calendes grecques.

C’est ce qui se passe en ce moment en République démocratique du Congo (RDC). De manière délibérée, on joue la montre. Les jours passent et rien ne se passe. Tout le monde parle d’élections. Mais ceux qui doivent les organiser se pressent lentement. Tous les délais constitutionnels sont dépassés. Les mesures conservatoires négociées pour accorder un délai de grâce au régime en place deviennent prétexte pour qu’il se cramponne au pouvoir et s’y accroche ferme.

C’est la situation que vit en ce moment le Kenya. Le sort de millions d’êtres humains dépend du bon vouloir de deux   hommes. Que l’un ou l’autre tousse, c’est aussitôt tout un pays qui va s’enrhumer. Une prise d’otage intolérable. Un chantage inacceptable. La triste réplique du Kenya, c’est le Soudan du Sud. On s’est battu, des années durant, les armes à la main, pour arracher l’indépendance. A l’heure de gérer démocratiquement le pays, on sombre, corps et biens, dans une guerre civile dévastatrice. Les démons du pouvoir ont rendu fous les divers protagonistes et acteurs.

Ne parlons pas du folklore dont nous entourons nos élections. Ici, les électeurs s’alignent en rang d’oignons derrière le candidat de leur choix. Là, en lieu et place des bulletins de vote, ce sont des billes qui sont décomptées. Plus loin, on noie systématiquement l’électeur sous une pluie de listes. En veux-tu en voilà. Pour que Dieu soit seul ait pouvoir de reconnaître les siens en ce capharnaüm paperassier. Partout, l’outil informatique, au lieu d’améliorer les performances électorales, sert à voler propre et à légitimer le faux.

En fait, nous nous sommes spécialisés dans l’art de nous donner, sans frais, des textes trafiqués. Nous n’avons à chercher ni longtemps, ni très loin. En un tour de main, la constitution de l’ancienne métropole est recopiée, ses lois pastichées, ses institutions pompées. Nous n’avons pas notre pareil pour faire du copier-coller.

Reste à administrer, à gérer, à conduire les êtres et les choses. Là, nous savons casser les opposants, caser les opportunistes et les transhumants, gazer les trublions qui envahissent les rues, cadenasser toutes les libertés, terroriser et terrasser le peuple tout entier. La démocratie du silence et de la mort, ça nous connaît !

Voilà le visage quotidien du bazar démocratique que nous nous acharnons à animer. Il n’est que temps de cesser de nous mentir. Il n’est que temps d’arrêter ce cycle menteur. Sonne l’heure de nous voir et de nous saisir, tels qu’en nous-mêmes, dans notre propre miroir.  Que prenne fin la foire africaine de la démocratie. Et le plutôt sera le mieux.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 31 août 2017