A l’épreuve du dialogue social

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Denses et intenses. Tels pourraient être qualifiés les jours et les nuits que nous venons de vivre. Des jours et des nuits zébrés d’éclairs, suite aux grèves qui ont paralysé certains secteurs d’activités. Des jours et des nuits ébranlés par la foudre, sur les traces d’une multitude en marche et en colère. En une dizaine de jours, nous avons davantage appris et retenu qu’en vingt-deux mois de gouvernance Patrice Talon.
Toutes les entités significatives du pays s’étaient vu précipiter, contraintes et forcées, dans une veille républicaine de tous les instants. En effet, l’avenir du pays se jouait. Personne ne devait être en reste. L’Exécutif devait continuer d’avoir la haute main sur l’Etat. Le Législatif, dans son rôle d’aiguilleur, devait veiller à orienter le train de la République sur les rails de la loi. Le Judiciaire, les yeux rivés sur la loi, se devait de calmer le jeu en distribuant si possible des cartons jaunes ou des cartons rouges. La société civile, porte-voix des sans voix, donnait de la voix. La presse portait la parole des uns et des autres. Au bout de la chaîne, le peuple souverain. C’est l’assemblée de tous les citoyens. C’est le forum ouvert et offert au Béninois lambda, à Monsieur et à Madame tout le monde.
Avec tout un peuple en éveil, qui scrutait gravement les horizons de son avenir, c’est la preuve par neuf que nous n’avions pas vécu des jours et des nuits ordinaires et que le jeu, avec ses enjeux, n’avait aussi rien d’ordinaire. Le dialogue social, jusque là objet de discours, s’imposait à nous comme objet d’expérience. Et il est clairement apparu que la mayonnaise béninoise du dialogue peinait à prendre faute de cinq condiments essentiels. Tous ceux qui aiment notre pays doivent se mettre en devoir, ici et maintenant, de les réinventer si possible. C’est le carburant sans lequel le train du Nouveau départ risque de rester en gare, n’en finissant pas et n’en finissant plus de finir de partir.
– La confiance. C’est notre tout premier condiment. Elle aura cruellement manqué, laissant toutes les grandes entités nationales dans une exécrable méfiance les unes par rapport aux autres. Un seul et même pays s’était fracassé en une multitude de petits et insignifiants intérêts. Cela fait désordre. Cela n’honore personne. Cela manque surtout de grandeur. Chacun veut entendre sa voix, plutôt que d’entendre la voix de l’intérêt général. La confiance est un ciment. Elle lie et réconcilie.
– La consultation. C’est notre deuxième condiment. Une motion de grève ne tombe pas du ciel. C’est toujours le résultat d’un processus. C’est dire qu’on peut voir venir une grève avant qu’elle ne produise ses effets. Si tous les partenaires sociaux acceptaient de faire de la consultation leur credo, ils pourraient se pourvoir de moyens efficaces pour prévenir les grèves. Ils pourraient même, pour ainsi dire, en dresser la carte météorologique. Pleuvra-t-il ou non ? Quelles dispositions prendre pour nuire le moins possible à l’intérêt général.
– La concertation. C’est notre troisième condiment. C’est l’institutionnalisation de la consultation dans un cadre formel. L’obligation est faite aux partenaires, chaque fois et toutes les fois, de manière permanente et pérenne, de s’asseoir, de se parler, de construire des compromis dynamiques, de faire l’accord sur leur désaccord. La solution de la chaise vide, de ce point de vue, pourrait s’apparenter à une fuite de responsabilité. Une démission. La concertation, dans son acception populaire, c’est « Ton pied, mon pied ». Ou bien « On est ensemble »
– Le consensus. C’est notre quatrième condiment. C’est la valeur ajoutée d’une bonne concertation. C’est l’accord conclut entre les différents partenaires et qui les engage, même si cet accord est dépourvu de force juridique. Reste l’honneur. On n’en trouve point sur les étalages à Dantokpa. Il exige que soient rigoureusement respectées et sa signature et la parle donnée. « Gbê do su ».
– Le contrat. C’est notre cinquième condiment. C’est la matérialisation et la formalisation du consensus. Dans nos cultures, le contrat va jusqu’à prendre la forme et la valeur d’un pacte. Le pacte de sang, par exemple, engage les parties concernées à la vie et à la mort. C’est dire…
Voilà les cinq ingrédients à retrouver et à restaurer pour renouer les fils du dialogue social. Maintenant que nous le savons, anticipons les jours d’heureux pour notre pays d’un sonore « Bon appétit ! »
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 23 janvier 2018

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