A quelque chose malheur est bon

Écrit parle 26 avril 2018

La question est sur les lèvres de toutes les jeunes démocraties.  Mais aucune d’elles ne s’engage franchement à la formuler à haute et intelligible voix : l’espace politique est-il un champ de bataille ou un laboratoire de recherche ?

Le champ de bataille s’anime du pouvoir d’Etat qui, comme on le sait, bruit du fracas des empoignades, du choc des intérêts contraires. C’est l’espace de la politique politicienne. Le laboratoire ouvre et offre un espace de recherche. Cela appelle à l’humilité, à la patience, à la rigueur, au questionnement. C’est l’espace du développement durable.

Tenons, un instant, notre pays pour un laboratoire de recherche. Au-delà de nos querelles familières. Par-dessus nos contradictions de toujours. Toutes les questions qui fâchent, mais qui ne concernent pas moins notre avenir commun, changeraient de tonalité. Nous cesserions de nous accuser les uns les autres, de nous opposer les uns aux autres. Chacun se ferait fort de réfléchir sur ces questions. Chacun se déterminerait à y apporter des solutions. Eloignons-nous donc du champ de bataille pour nous rapprocher du laboratoire de recherche. Offrons-nous une belle occasion de poser et de nous poser, aussi franchement que calmement, les questions qui conditionnent notre présent et déterminent notre futur. Trois questions pour conduire cet exercice.

1 – Est-il juste et sain que le Port autonome de Cotonou soit confié à l’expertise et au contrôle d’un groupe étranger ? La haute autorité, comme qui dirait, estime que la compétence et l’efficacité n’ont pas de couleur. Aussi nous invite-t-elle à nous   débarrasser de tout complexe pour aller chercher ces denrées rares partout où elles seraient disponibles. Juste le temps de prendre de la graine et de nous faire la main pour que, à notre tour, nous épousions, pour le meilleur, le geste auguste du semeur.

Dans une approche de recherche, on rétorquerait que le Port autonome de Cotonou est un espace de souveraineté. Rien de comparable avec une équipe nationale de football, pour laquelle on pourrait se montrer peu regardant quant à la nationalité de son coach. Pour un port, poumon de l’économie d’un pays, frontière et cordon douanier, il en va tout autrement. C’est un impératif d’Etat, au nom de la souveraineté et de la sécurité, de trouver pour sa gestion l’oiseau rare local. Ceci, au terme d’un appel à candidature en règle, à la suite d’une enquête de moralité systématique, sous l’aiguillon d’un contrôle et d’un suivi-évaluation rigoureux. Parodions le fabuliste : « Ne bradez point votre patrimoine. Un trésor est caché dedans ».

2 – La libération des espaces publics, à Cotonou notamment, a-t-elle été conduite sans bavure et dans les règles de l’art ? Qui occupe l’espace public sans y être autorisé s’arroge de prérogatives indues. Puisqu’il n’a rien à y faire, il peut être dégagé toutes affaires cessantes. Voilà pour le principe. Il est clair et il ne souffre la moindre ambigüité. Et quand c’est le Chef de l’Etat qui vient en appui, il y rajoute le poids de son autorité. Les principes sont nécessaires pour gérer la cité. Mais le terrain a ses raisons que la raison ne connaît pas. Et que dit précisément le terrain ? « Libération des espaces publics d’accord, mais l’homme d’abord ! » Pourquoi ?

Sous ce chapitre précis, la gouvernance du Président Patrice Talon, s’en est tenue au principe. Mais elle a fermé les yeux sur la denrée première constitutive de tout projet de développement : l’homme. Six mois de préavis ? Oui, mais sans contenu précis en termes de consultation, de communication, de concertation, de compromis dynamiques.  Dans l’oubli de faire adosser à ce temps de préavis cette idée forte : « Tout ce qui est fait pour vous, mais sans vous est fait contre vous ». La dimension humaine de l’opération aura été ignorée : une opération sans un accompagnement minimal ; une opération qui a détruit en partie le tissu économique primaire de la ville ; une opération frappée au coin de l’impréparation, les espaces libérés de leurs occupants attendant toujours d’être libérés du vide et du néant.

3- Pourquoi ne disons-nous pas ce que nous faisons, et ne   faisons-nous pas ce que nous disons ? N’épiloguons pas sur ce que chacun sait. Le Chef de l’Etat commence par rectifier le tir. Qu’on y croit ou non, la communication est l’atout-maître de celui qui ambitionne de gagner. Point barre !

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 26 avril 2018


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