Sante
Par Jérôme AVOCETIEN
Journée mondiale « Une seule santé » : le Bénin renforce la prévention des menaces sanitaires et vise zéro décès lié à la rage d’ici 2030
Réuni à Cotonou à l’occasion de la 11ᵉ édition de la Journée mondiale de l’approche « Une seule santé », le gouvernement béninois a réaffirmé sa volonté de renforcer la surveillance, la prévention et la riposte face aux risques sanitaires. Les autorités mettent notamment l’accent sur la lutte contre la rage, après 1 809 morsures de chiens recensées au premier semestre 2026.
À l’occasion de la 11ᵉ édition de la Journée mondiale de l’approche « Une seule santé », célébrée ce mardi 3 novembre 2026 à Cotonou, le gouvernement béninois a réaffirmé son engagement à renforcer la prévention et la surveillance des menaces sanitaires. Avec 1 809 morsures de chiens recensées au premier semestre 2026, les autorités mettent particulièrement l’accent sur la lutte contre la rage et ambitionnent d’atteindre zéro décès humain lié à cette maladie à l’horizon 2030.
La santé humaine, animale et environnementale ne peut être envisagée séparément. C’est le message central de la célébration organisée à la salle Fleuve Jaune du ministère des Affaires étrangères, à Cotonou. Placée sous le thème « Unir les secteurs pour la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes », cette 11ᵉ édition a mobilisé plusieurs membres du gouvernement, des autorités territoriales, des professionnels de la santé, des acteurs de l’environnement, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations de la société civile.
Présidant la cérémonie, le ministre de la Santé, Benjamin Ignace Bodounrin Hounkpatin, a rappelé l’importance d’une réponse collective face aux menaces sanitaires. Selon lui, la majorité des maladies infectieuses émergentes touchant l’être humain sont d’origine animale. Leur apparition est notamment favorisée par la pression exercée sur les écosystèmes, les changements climatiques, l’urbanisation et l’intensification des échanges.
Au Bénin, les autorités entendent particulièrement renforcer la lutte contre la rage. Le ministre de la Santé a révélé que 1 809 morsures de chiens ont été recensées au premier semestre 2026, un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente. Face à cette situation, le gouvernement a organisé, du 15 septembre au 15 octobre 2026, une campagne subventionnée de vaccination antirabique des animaux de compagnie, sous la coordination technique du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche.
D’autres mesures sont également engagées, notamment le renforcement de la sensibilisation communautaire à travers un réseau de près de 16 000 agents de santé communautaire, la prise en charge des personnes mordues conformément aux protocoles en vigueur et l’application des arrêtés préfectoraux interdisant la divagation des animaux. L’ambition affichée est de parvenir à zéro décès humain dû à la rage au Bénin d’ici 2030.
La santé végétale également au cœur de l’approche
Au-delà des secteurs traditionnellement associés à cette approche, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a attiré l’attention sur une dimension parfois moins évoquée : la santé des végétaux. Il a expliqué que les maladies qui affectent les cultures peuvent entraîner une utilisation accrue de pesticides, avec des conséquences sur les producteurs, les sols, la faune et la flore.
Revenant sur l’évolution du concept « Une seule santé », le ministre a rappelé que cette approche s’est progressivement construite autour des liens entre la santé humaine, animale, végétale et environnementale. Il a également présenté les avancées enregistrées par le Bénin, notamment la priorisation, depuis 2019, de plusieurs maladies zoonotiques telles que la grippe aviaire, la rage, le charbon bactéridien et les fièvres hémorragiques.
Des campagnes de vaccination des animaux de compagnie contre la rage ont notamment été organisées en 2019, 2020, 2023 et 2025. Malgré ces efforts, plusieurs défis persistent, notamment le renforcement du dispositif de surveillance, l’amélioration du partage d’informations entre les secteurs et la mobilisation des ressources nécessaires à une réponse rapide et coordonnée.
L’environnement, un maillon essentiel de la prévention
Pour le ministre du Cadre de vie et des Transports chargé du Développement durable, Georges Alé, la protection de l’environnement constitue un investissement stratégique pour la santé publique. Pollution atmosphérique, contamination des eaux, mauvaise gestion des déchets, dégradation des terres, érosion de la biodiversité et dérèglements climatiques sont autant de facteurs qui affectent directement les conditions de vie des populations.
Il a plaidé pour une synergie renforcée entre les ministères chargés de l’environnement, de la santé et de l’agriculture, ainsi que pour une meilleure intégration des impératifs sanitaires et écologiques dans les politiques de développement. Il a également réaffirmé la disponibilité de son département ministériel à poursuivre les actions de lutte contre les pollutions, de gestion des déchets, de protection des ressources hydriques et de conservation de la biodiversité.
Une responsabilité collective pour anticiper les crises
De son côté, le préfet du Littoral, Gilbert Déou, a insisté sur la nécessité de rapprocher les différents secteurs et de renforcer la collaboration au niveau des communautés. Il a notamment souligné le rôle des agents de santé communautaire qualifiés et des relais communautaires dans la sensibilisation des populations, la détection précoce des risques et la remontée des alertes vers les services compétents.
La vigilance reste également de mise face aux urgences sanitaires. Le ministre de la Santé a évoqué la situation de l’épidémie d’Ebola en Afrique et la confirmation, le 20 octobre dernier, d’un cas importé à proximité des frontières du Bénin. Face à cette alerte, le gouvernement a activé le dispositif national de préparation et de riposte, avec notamment le renforcement de la surveillance épidémiologique et communautaire, la mobilisation des structures opérationnelles et l’actualisation du plan de contingence. Sur ce sujet, lire aussi : Virus Ebola : le Bénin passe en préalerte après un cas importé confirmé au Nigeria.
À cet effet, le ministre a invité les populations à ne céder ni à la panique ni aux rumeurs, à respecter les règles d’hygiène, notamment le lavage régulier des mains à l’eau et au savon, et à signaler tout cas suspect au numéro vert 136 ou auprès des relais communautaires.
Au terme de cette célébration, le gouvernement appelle à une mobilisation durable des institutions, des collectivités territoriales, des professionnels et des communautés. Pour les autorités béninoises, l’approche « Une seule santé » ne doit pas se limiter à une journée de sensibilisation, mais devenir un principe permanent d’action publique. Comme l’ont rappelé les différents intervenants, protéger durablement la santé des populations suppose de préserver simultanément celle des animaux, des végétaux et des écosystèmes.