Numerique
Par Jérôme AVOCETIEN
Liberté d’expression et désinformation sur Internet : Jessika Abètè plaide pour l’éducation aux médias
Intervenant sur CAPP FM, la Directrice exécutive adjointe du Forum sur la Gouvernance de l’Internet au Bénin estime que l’exercice de la liberté d’expression en ligne doit s’accompagner de responsabilité, de vérification des contenus et d’une meilleure connaissance des droits numériques.
À l’ère des réseaux sociaux, la liberté d’expression est devenue plus accessible que jamais. Mais elle s’accompagne de nouveaux défis : fausses informations, rumeurs, atteintes à la vie privée, discours haineux et manipulations. Pour Jessika Abètè, Directrice exécutive adjointe du Forum sur la Gouvernance de l’Internet au Bénin (FGI Bénin), la réponse passe d’abord par l’éducation aux médias et au numérique.
WhatsApp, Facebook, TikTok, YouTube… Les réseaux sociaux occupent désormais une place importante dans le quotidien des citoyens. Chacun peut y publier une opinion, partager une information ou participer au débat public. Mais cette facilité de prise de parole comporte aussi des risques.
« La liberté d’expression est un droit, mais ce n’est pas un droit sans limites », rappelle Jessika Abètè. Selon elle, s’exprimer sur Internet ne donne pas le droit d’insulter, de diffamer, de menacer ou de porter atteinte à la vie privée d’autrui.
Distinguer opinion, information et désinformation
Dans l’espace numérique, la frontière entre une opinion et une information peut parfois être difficile à percevoir. Pour l’actrice de la gouvernance de l’Internet, il est donc essentiel que les citoyens apprennent à distinguer « une opinion, une information, une rumeur et un contenu illégal ».
La question devient particulièrement importante face à la circulation rapide des fausses informations. Plutôt que de répondre uniquement par la suppression des contenus ou par la sanction, Jessika Abètè préconise de renforcer l’éducation aux médias et au numérique.
Vérifier la source, regarder la date de publication, comparer l’information avec d’autres sources fiables : autant de réflexes qui peuvent permettre de limiter la propagation de la désinformation.
« Un citoyen mieux informé est aussi un citoyen plus difficile à manipuler », souligne-t-elle.
Vérifier avant de partager
Sur les réseaux sociaux, une information peut atteindre plusieurs milliers de personnes en quelques minutes. La responsabilité ne revient donc pas seulement aux médias ou aux plateformes. Chaque utilisateur est également concerné.
Avant de partager une publication, plusieurs questions doivent être posées : qui a publié ? Quand ? Quelle est la source ? D’autres médias ou sources fiables en parlent-ils ?
Une attention particulière doit également être accordée aux contenus qui provoquent de fortes émotions. La colère, la peur ou l’indignation peuvent pousser à partager rapidement une information sans en vérifier la véracité.
Pour Jessika Abètè, « vérifier avant de partager » doit ainsi devenir un réflexe quotidien.
Des plateformes responsables, mais avec des garanties
Les plateformes numériques ont, elles aussi, un rôle à jouer dans la gestion des contenus diffusés sur leurs services. Elles peuvent notamment intervenir face à des contenus dangereux ou manifestement contraires à leurs règles.
Mais cette responsabilité ne devrait pas conduire à supprimer arbitrairement les opinions. Pour Jessika Abètè, les décisions de modération doivent respecter les principes de transparence, de proportionnalité et de possibilité de recours.
La lutte contre la désinformation ne doit donc pas devenir un prétexte pour faire disparaître une opinion simplement parce qu’elle dérange.
Une responsabilité partagée
Qui doit alors décider qu’un contenu est dangereux ou illégal ? La réponse, selon Jessika Abètè, réside dans une gouvernance impliquant plusieurs acteurs.
L’État définit le cadre juridique, la justice peut déterminer si un comportement constitue une infraction, les plateformes appliquent leurs règles et les citoyens doivent également assumer leurs responsabilités.
Cette approche repose sur le principe de gouvernance multi-acteurs, qui implique notamment l’État, les plateformes, les médias, la société civile, les experts et les utilisateurs.
Les médias au cœur de la lutte contre la désinformation
Les médias occupent une place particulière dans cet écosystème. Ils ne sont pas uniquement des sources d’information : ils participent également à l’éducation du public.
Vérifier les informations avant leur diffusion, donner la parole aux différentes parties, contextualiser les sujets et expliquer les enjeux numériques dans un langage accessible font partie, selon Jessika Abètè, des responsabilités des médias.
Ils peuvent également contribuer à déconstruire les fausses informations tout en évitant de leur donner davantage de visibilité.
Les droits numériques doivent être mieux connus
Au cours de l’entretien diffusé dans l’émission « Nougbo Kavi Lalo » sur CAPP FM, Jessika Abètè a également rappelé trois droits importants que les internautes devraient connaître : le droit à la vie privée et à la protection des données personnelles, le droit à la liberté d’expression et le droit d’accéder à une information fiable.
Mais connaître ses droits implique aussi de connaître ses responsabilités.
Elle recommande ainsi trois précautions essentielles : vérifier avant de partager, protéger ses données personnelles et réfléchir avant de publier.
Une publication peut en effet être copiée, enregistrée puis diffusée rapidement, même après sa suppression.
L’EGI Bénin pour renforcer les capacités des jeunes
Cette question de la responsabilité numérique était également au cœur de la 9ᵉ édition de l’École de la Gouvernance de l’Internet (EGI Bénin), organisée les 27 et 28 août 2026 à Ouidah, en collaboration avec Internet Society Chapitre du Bénin.
Selon Jessika Abètè, cette activité avait notamment pour objectif de permettre aux participants, particulièrement aux jeunes, de mieux comprendre les mécanismes de gouvernance de l’Internet et les enjeux liés au numérique.
Les échanges ont porté sur les fondamentaux de la gouvernance de l’Internet, les droits humains dans l’espace numérique, le rôle des opérateurs, la protection des utilisateurs et l’intelligence artificielle.
Au-delà des exposés, l’ambition était de favoriser la réflexion et l’action afin que les participants puissent progressivement devenir des acteurs de la gouvernance de l’Internet au Bénin.
Faire d’Internet un espace de liberté responsable
La liberté d’expression demeure un élément essentiel de l’espace numérique. Mais son exercice implique également le respect des droits des autres et des règles qui encadrent la vie en société.
Pour Jessika Abètè, l’enjeu n’est donc pas de faire taire les citoyens, mais de créer un environnement dans lequel chacun peut s’exprimer librement et de manière responsable.
Son message tient en quelques réflexes simples : avant de cliquer, de publier ou de partager, il faut prendre quelques secondes pour vérifier et réfléchir.
Car sur Internet, les citoyens ne sont pas seulement des consommateurs d’information. Ils sont aussi des acteurs de l’espace numérique et, à ce titre, participent directement à son fonctionnement et à son avenir.