BONI YAYI DEVANT LA JUSTICE : POURQUOI PAS ?

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Un ancien Chef d’Etat est-il intouchable après des années d’exercice du pouvoir exécutif ? A-t-il le droit de  ne pas répondre à une convocation d’un juge d’instruction ? Peut-il être entendu, comme témoin,  par la justice de son pays  pour des faits antérieurs ou postérieurs à sa gouvernance ?

Voilà quelques questions qui alimentent depuis jeudi les conversations et les commentaires sur les réseaux sociaux et autres canaux d’informations. Quoique légitimes, ces préoccupations ont vu le jour depuis que le juge Aubert Kodjo a pris l’initiative de se rendre ce vendredi 7 juin au domicile de Boni Yayi pour l’interroger dans le cadre d’une affaire en instruction . Il s’agit du dossier relatif aux violences survenues les 1er et 2 mai derniers à Cotonou et dans d’autres localités du pays. C’est sans doute  pour la manifestation de la vérité  afin  que l’opinion publique nationale et internationale soient davantage situées quant aux  tenants et aboutissants dans  cette affaire, que le juge d’instruction a décidé d’entendre l’ancien Chef d’Etat Boni Yayi.

L’exercice auquel se livre le juge Kodjo  n’ a rien d’inédit, d’insolite  et d’anormal  dans un Etat de droit. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois au Bénin qu’un juge d’instruction interroge un chef d’ Etat ou une personnalité politique dans le cadre d’un dossier qui est pendant devant la justice. Ne soyons pas amnésiques. Le 9 Novembre 2012, Boni YAYI, alors Président de la République en plein exercice de pouvoir a reçu le juge d’instruction au palais de la République. Pendant 4 heures d’horloge, il a répondu aux questions du juge dans l’affaire de tentative manquée de son assassinat. En son temps, Boni Yayi n’avait même pas attendu son interpellation par la haute cour de justice avant de se présenter devant le juge d’instruction.

Aujourd’hui ce n’est pas parce qu’il est devenu ancien chef d’Etat et donc simple citoyen, encore que nul n’est au dessus de la loi que Boni Yayi  va se soustraire à une procédure judiciaire. Mieux, la démarche du juge d’instruction dans le cas d’espèce est guidée par la prudence et le respect de la préséance. Au lieu de convoquer Boni Yayi dans son bureau au tribunal de première instance de Cotonou, le juge a choisi de se déplacer, de se rendre en personne au domicile de celui-ci pour l’entendre.  Une manière de lui reconnaître son statut d’ancien Chef d’Etat et de montrer que Boni Yayi, malgré tout, quoique simple citoyen garde encore un certain nombre de privilèges pour avoir servi la nation. C’est une marque de considération à l’égard de l’homme qui, dans un passé récent fut le premier personnage de l’Etat.

EDITORIAL DE WILFRID AHOUASSOU

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