Cessons de nous maudire

Mise en ligne par le 14 juin 2018

 

Nous, Béninois, ne sommes pas à une contradiction près. Voici comment nous expliquons nos échecs : « Le Bénin porte le fardeau d’une implacable malédiction. Une malédiction qui le suit comme son ombre, le poursuit comme le mauvais sort. » Voici comment nous justifions nos succès :  » Le Bénin, quoi qu’il arrive s’en sortira. Parce que Dieu aime le Bénin. Parce que les Béninois s’abreuvent à la source intarissable de l’amour divin ».

Ceux qui soutiennent la thèse de la malédiction, n’en révèlent   ni les motifs ni les raisons. Ils restent muets, par ailleurs, sur ceux ou celles qui en seraient les auteurs. Ils ne vont pas moins répétant que le pays aurait besoin d’être exorcisé, à défaut d’appeler à une Conférence des forces spirituelles de la nation. Les mânes de nos ancêtres seraient convoqués. Des rites appropriés seraient exécutés. Le pays serait délivré de ses pesanteurs sataniques.

Ceux qui jurent, la main sur le cœur, que le Bénin, par l’amour divin, est dans la proximité de Dieu se perdent en conjectures à vouloir justifier ce privilège. Pourquoi Dieu, l’infiniment bon et l’infiniment juste, s’autoriserait-il de faire asseoir à sa droite un petit pays de dix millions d’âmes ? Ceci à l’exclusion de ses sept milliards de créatures, sept milliards d’hommes et de femmes qui peuplent la terre ?

Il y a lieu de mettre les choses au point. Personne ne maudit personne. C’est nous qui nous maudissons nous-mêmes. C’est encore nous qui cherchons, chaque fois et toutes les fois, des alibis pour justifier nos échecs. C’est toujours nous qui nous trouvons des boucs émissaires pour nous dédouaner de nos fautes et de nos erreurs.

Nous disons que celui qui ne cesse d’entretenir dans son esprit de vilains sentiments – la haine, la jalousie, l’envie, le mépris de soi – se maudit lui-même. Parce qu’il a choisi de vivre ou de se laisser vivre dans les eaux polluées et nauséabondes de la vie. Le succès ni n’habite les bidonvilles, ni ne cohabite avec les batraciens.

Nous disons que celui qui n’a pas confiance en lui-même ou qui ne s’impose pas le devoir de cultiver en lui la confiance se maudit lui-même. Avoir confiance en soi, c’est croire en soi-même. C’est se mettre dans les meilleures dispositions d’esprit pour croire aux autres, pour travailler avec les autres, pour enrichir les autres, en s’enrichissant soi-même.

Nous disons que celui qui ne fait pas ce qu’il doit, marchant à côté de son devoir, oubliant son ordre de mission sur la terre, se maudit lui-même. On ne peut attendre de lui aucun signe de progrès, d’évolution, de croissance, de développement. Celui-là volera pour combler ses besoins. Celui-là trichera pour paraître autre qu’il n’est en vérité. Celui-là empruntera des raccourcis pour résoudre les impérieuses et incontournables équations de la vie. Il y a, ici, un enseignement. Il coule de source : cessons de nous maudire, saisissons-nous des commandes et affirmons-nous comme des pilotes attitrés à bord de l’aéronef de la vie.

Que dire de la seconde thèse, celle selon laquelle Dieu aimerait le Bénin et les Béninois plus qu’il n’aime les autres peuples de la terre ? Invoquer Dieu, c’est bien. Tout ce qui entretient en l’homme et chez l’homme l’idée ou des idées d’altitude, c’est-à-dire des hauteurs, des sommets, est à encourager. Mais cela ne devrait autoriser quiconque à faire de Dieu une clé passe-partout. Deux vérités sont à retenir.

Première vérité. Dieu ne peut aimer les Béninois plus qu’il n’aime les autres peuples de la terre. L’oiseau couvre de ses ailes protectrices tous ses petits sans exception. Évitons d’associer Dieu à toute idée de ségrégation, de discrimination.

Deuxième vérité. L‘amour de Dieu se mérite. L’amour de soi en est le préalable. L’Américain Ralph Emerson ne dit pas autre chose : « Le seul moyen d’avoir un ami, c’est d’en être un ». La sagesse populaire renchérit : « Aide-toi et le ciel t’aidera ». Autrement dit : « Aime-toi même et le ciel t’aimera ». Bouclons la boucle avec le Saint Coran, verset 11 de la sourate 13 :  » Allah ne change pas l’état d’un peuple tant que ce peuple ne change ce qui est en lui-même ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 14 juin 2018

 

 

 

 


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