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Angélique Kidjo : Faire de sa différence une force du 27/08/2026

Par Wilfrid Ahouassou

Le 18 août dernier, une étoile de plus s'est ajoutée au Hollywood Walk of Fame, aux États-Unis. Mais pour nous, au Bénin, celle-là avait forcément une saveur particulière. Elle porte le nom d'Angélique Kidjo.…

Le 18 août dernier, une étoile de plus s'est ajoutée au Hollywood Walk of Fame, aux États-Unis. Mais pour nous, au Bénin, celle-là avait forcément une saveur particulière. Elle porte le nom d'Angélique Kidjo. Notre compatriote a reçu la 2 854e étoile de cette célèbre avenue, devenant par la même occasion la première artiste africaine à y être honorée. Une nouvelle distinction dans une carrière déjà couronnée par cinq Grammy Awards et plusieurs autres récompenses internationales...De quoi rendre fier. Mais derrière les trophées, les grandes scènes et cette reconnaissance mondiale, son parcours raconte peut-être quelque chose d'encore plus intéressant. Angélique Kidjo a réussi à conquérir le monde sans abandonner ce qui faisait sa différence. Très tôt, elle aurait pu chercher à reproduire les codes des artistes qui dominaient la musique internationale. Elle a fait un autre choix. Celui de partir de ce qu'elle connaissait. Nos rythmes. Nos langues. Les sonorités africaines qui ont bercé son enfance. Puis elle les a fait dialoguer avec le jazz, la soul, le funk, la pop ou encore les musiques de la diaspora. Elle chante en fon, en yoruba, en français, en anglais. Elle voyage musicalement, mais ses racines ne disparaissent jamais. C'est probablement là que son parcours devient intéressant bien au-delà de la musique. Parce que nous vivons dans un monde où la comparaison est permanente. Les réseaux sociaux nous montrent ce que font les autres, comment ils réussissent, comment ils s'habillent, comment ils parlent, comment ils entreprennent. Et la tentation est parfois grande de reproduire ce qui fonctionne ailleurs.

Angélique Kidjo nous montre exactement l'inverse. On peut s'ouvrir au monde sans se diluer. On peut apprendre des autres sans devenir leur copie. Et surtout, ce qui paraît parfois trop local pour intéresser le monde peut justement devenir ce qui nous distingue. Qui aurait imaginé, il y a quarante ans, que des mots chantés en fon ou en yoruba résonneraient un jour sur les plus grandes scènes internationales ? C'est pourtant arrivé. Et cette histoire peut parler à beaucoup de monde. À un artiste qui cherche encore son identité. À un entrepreneur qui hésite à développer une idée parce qu'elle lui paraît trop locale. À un jeune qui pense devoir partir de très loin pour réussir. À tous ceux qui cherchent leur place en regardant d'abord celle occupée par les autres. Bien sûr, une carrière comme celle d'Angélique Kidjo ne se construit pas uniquement avec de l'authenticité. Il y a le talent. Le travail. Les rencontres. Les risques. La capacité à évoluer pendant plus de quarante ans sans cesser d'apprendre. Mais il y a aussi cette constante : elle n'a jamais eu besoin d'effacer le Bénin pour devenir une artiste du monde. Au contraire. Elle l'a emporté avec elle. Et aujourd'hui, son étoile sur Hollywood Boulevard ne raconte donc pas seulement la réussite exceptionnelle d'une Béninoise. Elle raconte aussi quelque chose de notre culture, de nos langues, de notre musique et de ce que nous pouvons apporter au monde lorsque nous cessons de considérer nos différences comme des limites. Angélique Kidjo est partie d'ici pour conquérir le monde. Mais pour y arriver, elle n'a jamais cessé d'être d'ici.

À jeudi prochain.