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Sanctionner, mais savoir pardonner du 06/08/2026
Par Wilfrid Ahouassou
Le samedi 1er août dernier, à l'occasion de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de notre pays, le président de la République, Romuald Wadagni, a accordé une grâce présidentielle à 369 détenus répartis dans plusieurs établissements pénitentiaires du Bénin.…
Le samedi 1er août dernier, à l'occasion de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de notre pays, le président de la République, Romuald Wadagni, a accordé une grâce présidentielle à 369 détenus répartis dans plusieurs établissements pénitentiaires du Bénin. Il s'agit de la première grâce présidentielle de son mandat, une décision qui suscite déjà de nombreuses réactions. Mais au-delà du nombre de bénéficiaires, cette mesure nous invite surtout à réfléchir à une question plus profonde : Mais au fond, à quoi sert une grâce présidentielle ? Contrairement à l'amnistie, qui efface l'infraction elle-même, la grâce présidentielle ne remet pas en cause la décision de justice. La condamnation demeure. Seule l'exécution de la peine est allégée ou interrompue. Autrement dit, la justice a fait son travail. Le chef de l'État intervient ensuite, non pour remettre en cause la décision de justice, mais pour introduire une part de clémence dans l'application de la peine. Et c'est précisément là que réside toute la philosophie de la grâce présidentielle. Une société ne se construit pas uniquement sur sa capacité à sanctionner. Elle se construit aussi sur sa capacité à pardonner. Car la prison n'a pas seulement vocation à punir. Elle doit aussi préparer la réinsertion. Lorsqu'un détenu reconnaît ses fautes, manifeste une volonté sincère de changer et accomplit un véritable travail sur lui-même, la société peut-elle lui offrir une seconde chance ? C’ést précisément à cette interrogation que répond la grâce présidentielle. Elle rappelle qu'une faute ne doit pas nécessairement condamner un individu pour le reste de sa vie. Cette décision contribue également, à réduire la surpopulation carcérale, un défi auquel sont confrontés nos établissements pénitentiaires.
Mais la grâce présidentielle ne signifie ni oubli, ni impunité. Les victimes conservent leurs droits, notamment lorsqu'il s'agit des réparations civiles qui demeurent dues. Et surtout, la grâce ne doit jamais être perçue comme un encouragement à transgresser la loi. Elle demeure une mesure exceptionnelle. Comme toute décision de cette nature, elle suscite des débats. Certains espèrent que cet esprit d'apaisement pourra inspirer d'autres décisions dans la vie nationale. D'autres estiment qu'une telle mesure doit rester réservée aux personnes qui ont véritablement démontré leur volonté de se réinsérer. Ces débats sont légitimes. Ils témoignent de la sensibilité d'un sujet qui touche à la fois à la justice, à la sécurité et aux valeurs de notre société. Car chez nous, le pardon a toujours occupé une place importante. Dans les familles, dans nos traditions et dans nos communautés religieuses, il est souvent considéré comme une étape essentielle de la réconciliation. Mais, chez nous, le pardon n'a jamais signifié l'absence de responsabilité. Il intervient après la reconnaissance de la faute, le regret sincère et la volonté de ne plus recommencer. C'est sans doute là toute la portée de cette grâce présidentielle. Elle nous rappelle qu'une justice forte est une justice capable de sanctionner lorsque cela est nécessaire. Mais qu'une société forte est aussi une société capable d'offrir une seconde chance à ceux qui ont choisi de changer. Car le véritable pardon n'efface pas la faute. Il offre simplement à celui qui l'a reconnue la possibilité d'écrire une nouvelle page de son histoire.
À jeudi prochain.