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Espaces publics : peut-on éviter d'en arriver aux bulldozers du 24/09/2026

Par Wilfrid Ahouassou

À Cotonou comme à Sèmè-Podji, les opérations de libération des espaces publics remettent une vieille question au centre du débat : comment éviter que des occupations s’installent pendant des années avant de devenir difficiles à défaire ? Entre voies à dégager, lotissements inachevés et activités économiques déjà installées, cette chronique interroge surtout notre capacité à anticiper l’évolution de nos villes.

Un mécanicien regarde l’espace où il travaillait encore il y a quelques jours. Les voitures ont disparu. Quelques morceaux de ferraille traînent encore. Devant lui, la voie retrouve progressivement de l’espace.

Depuis ce lundi 21 septembre, la mairie de Cotonou a lancé une nouvelle opération de libération des espaces publics. Les garages installés sur les emprises des voies, les épaves et les véhicules abandonnés sont les premiers concernés.

L’objectif est simple : permettre aux rues et aux trottoirs de servir à nouveau à ceux pour qui ils sont faits. Les véhicules. Les motos. Mais aussi les piétons. L’opération n’est pas arrivée sans prévenir. Les acteurs concernés avaient été informés plusieurs mois auparavant et invités à libérer volontairement les lieux.

Mais ce qui se passe aujourd’hui à Cotonou nous ramène à une situation que nous connaissons bien. Que se passe-t-il après le dégagement ? Car ce n’est pas la première fois que nous libérons des espaces publics. Quelques années plus tard, à certains endroits, les mêmes espaces ont progressivement été réoccupés. Libérer une voie est une chose. Empêcher qu’elle soit à nouveau occupée en est une autre.

À quelques kilomètres de Cotonou, Sèmè-Podji fait face à une autre réalité. Dans plusieurs quartiers, notamment à Djeffa, la commune ouvre des voies et certaines constructions situées sur les emprises doivent disparaître. Mais dans cette commune, un autre problème vient compliquer la situation : celui du lotissement. Certaines opérations ont commencé il y a plusieurs décennies et ne sont toujours pas totalement achevées. Pour les populations concernées, cela peut créer des situations difficiles.

Où s’arrête ma parcelle ? Où commence la voie ? Où puis-je construire sans risquer de voir, quelques années plus tard, une partie de ma maison ou de ma boutique démolie ? Car lorsqu’une voie n’est pas clairement matérialisée, qu’un lotissement reste inachevé pendant des années et que des installations s’implantent progressivement, la situation devient forcément plus difficile à gérer avec le temps.

Le citoyen peut-il toujours savoir exactement où il peut s’installer ? Et jusqu’où l’autorité peut-elle laisser une occupation s’installer avant d’intervenir ? C’est peut-être là que l’anticipation prend tout son sens. Plus les règles sont claires dès le départ, moins on risque de se retrouver, quelques années plus tard, face à des situations difficiles à défaire.

Parce qu’un garage installé au même endroit pendant dix ans finit par devenir le gagne- pain de toute une famille. Une boutique présente depuis des années finit, elle aussi, par faire partie du quotidien. Et lorsque le bulldozer arrive, ce qui était au départ un problème d’occupation de l’espace public devient aussi un problème humain.

Une ville ne peut donc pas se construire uniquement avec des opérations de dégagement. Elle doit aussi savoir où elle va. Dans cinq ans. Dans dix ans. Dans vingt ans. Où passeront les routes ? Où seront les marchés ? Où pourront s’installer les garages et les petits commerces ? Où passeront les réseaux d’eau et d’électricité ?

Autant de questions qui se posent bien avant l’arrivée des engins. Cotonou veut remettre de l’ordre dans ses espaces publics. Sèmè-Podji veut ouvrir ses voies et avancer sur ses opérations de lotissement. Ces actions répondent à de vrais besoins.

Mais le progrès ne serait-il pas aussi de parvenir à intervenir suffisamment tôt pour éviter que certaines occupations ne s’installent pendant des années ? Car en matière d’aménagement urbain, la meilleure opération de dégagement reste peut-être celle qu’une bonne anticipation permet d’éviter.

À jeudi prochain.