Comment permettre aux femmes de mieux s’exprimer collectivement dans les décisions de politiques économiques ?

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Cet article est une initiative du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement à travers son partenariat avec UAF AFRICA dans le cadre de la Justice Économique pour les Femmes.

 

La femme aussi ! Et pourquoi pas ? L’Afrique, le berceau de l’humanité comme on le dit, dispose d’un atout économique très important pour son développement mais inexploitée : Les femmes. Tellement présentes et en nombre majoritaire dans la plupart des pays de ce continent, les femmes, constituent un atout important et indispensable, aussi important que l’on pourrait les appeler « Yonnù » c’est-à-dire une enseigne pour qui recherche la connaissance. Malgré leur importance attestée et reconnue dans le monde entier, la société actuelle malheureusement, a décidé de ternir l’image de celles-ci en balayant de revers toute la connaissance et la sagesse qu’elle aurait tirées des femmes si et seulement si une place de choix et un positionnement d’influence leur étaient donnés. On nous parlerait plus de progrès, de niveaux de vie élevés, mais nous parlerons le plus, de sociétés vidées d’elles-mêmes, d’institutions minées, d’extraordinaires possibilités pour les femmes d’exercer leur leadership supprimé : Les stéréotypes, ces idées toutes faites acceptées et collées aux femmes sans réflexion aucune constituent l’un des dangers les plus subtiles qui parasitent le développement harmonieux du continent africain.
Ces idées préconçues qui entachent le développement de l’Afrique réduisent à suffisance la participation inclusive des femmes aux processus décisionnels et par ricochet les empêchent de mieux s’exprimer dans les politiques de décisions économiques. Elles sont confrontées à des blocages relevant de leurs éducations de leurs situations socioéconomiques, de leur degré d’intégration.
 Et pourtant, une participation équitable dans la sphère politique et publique est indispensable pour atteindre les objectifs de développement durable. Il s’agira donc ici de donner des outils nécessaires capables de booster l’implication collective des femmes dans les décisions de politiques économiques.
Influence de la femme en berne, la société vidée de sa substance nutritive ?
Loin d’un rêve et près d’une réalité, les femmes aujourd’hui sont à 80 pour cent vidées de la société moderne. Tout porte à croire que la mondialisation et la globalisation ont mis les pieds dans les plats du développement équitable de la société. Au compteur, 22 pays africains seulement ont pu honorer les femmes en les plébiscitant présidentes de la République ou femme d’influence dans les gouvernements. Et pourtant l’égalité dans la participation à la vie socio-politique  et le partage du pouvoir entre les hommes et les femmes dans les prises de discision sont partie intégrante du conseil international contenue dans l’agenda de Beijing. A en croire les statistiques, la plupart des pays africains et du monde n’ont pu atteindre l’équilibre entre les sexes et très peu d’entre eux ont atteint les objectifs ambitieux d’égalité entre les sexes. En effet, c’est connu de tous que l’influence des femmes dans les sphères de décision et leur leadership dans les processus décisionnaires politiques améliorent les performances de la société.  En Afrique par exemple et au Bénin en particulier, les recherches ont prouvé que les initiatives dirigées de mains de maître par les femmes dans certaines régions ont plus eu d’impact sur la population à celui des régions dirigées par des hommes. A Porto-Novo, capitale administrative du Bénin par exemple, une relation de lien de fraternité entre le Nigéria et le Bénin quelques jours seulement après la nomination de la Préfète Dr Marie Akpotrossou. Or dans un passé récent, force était de constater que les relations entre le Bénin et le Nigéria était un peu tendue. C’est dire que les femmes font plus preuve de leadership politique en faisant une idée générale des faits, même dans des environnements tendus. Elles sont les sexes les mieux placés pour défendre la parité entre les sexes. Leur absence dans des postes décisionnaires est alors synonyme d’un organisme vital mais vidé de sa substance essentielle.
Vie politique locale des femmes : Quel état des lieux ?
Le faible niveau des femmes à tous les niveaux de gouvernement est signe d’une anomalie démographique entretenue par la société depuis de longues années. C’est un secret de polichinelle qu’un groupe hétéro prend mieux de bonnes décisions qu’un regroupement monocolore. Cela est par essence vrai lorsqu’il s’agit d’une gestion aussi difficile que la représentation des intérêts des populations au niveau local. Influençant les sphères politiques en matière d’économie, de transport, de logement, de sécurité, l’administration locale prend des décisions très importantes qui n’épargnent malheureusement personne. Qu’on soit homme ou femme, les décisions prises au niveau local ont des implications aussi bien directes qu’indirectes sur les individus. L’impact qu’ont ces décisions demande à ce qu’il y ait une représentation égale entre femmes et hommes aux niveaux décisionnaires pour prioriser les sujets brulants relatifs aux femmes dans la définition des objectifs de développement durables au niveau local. La mise en place des conseils locaux paritaires constitue un bon départ vers l’équilibre genre. C’est vrai qu’aujourd’hui, le tableau, loin d’être reluisant est quand même encourageant dans certains pays.
Le cas du Bénin
Au Bénin par exemple, existent des femmes maires, préfètes, chefs d’arrondissements et conseillères communales. Aux dernières élections législatives, la loi a exigé de tous les partis politiques en compétition, un quota de femmes lors des positionnements. Malgré cette injonction de la loi, très peu de femmes étaient positionnées tête de liste pour plusieurs raisons. La première, à cause du caractère patriarcale de la société actuelle et l’autre du fait de pesanteurs socioculturelles. Même si ce système de quota a permis d’avoir un nombre non moins important dans les instances de décision, il urge de faire remarquer que les femmes sont toujours les moins privilégiées dans le choix des personnes. Ce qui devrait être, c’est qu’on parvienne à une égalité genre dans nos administrations mais malheureusement nous sommes encore très loin au regard de la réalité.
Le cas du Togo :
Pendant longtemps, la discrimination d’ordre sexuel a prévalu au Togo. Répartition inégale des chances, marginalisation des femmes et minimisation de leur influence dans l’escarcelle politique du pays : Ceux sont là, les maux maîtres qui gangrenaient l’administration togolaise.  Mais depuis un moment, le Togo, ayant pris à bras le corps cette situation a décidé de renverser la tendance. Et pour ça, des initiatives concrètes ont vu le jour. En effet, ayant compris l’impérieuse nécessité de recourir à une administration 100% hétéro, les autorités togolaises envisagent doter le pays d’un nouveau document de politique locale de l’équité et de l’égalité genre, en harmonie avec les engagements internationaux. Cette nouvelle disposition a fait déjà objet d’une rencontre de réflexion et de validation le mois dernier. Le document se veut donc conforme aux nouvelles réglementations en matière de l’égalité genre, et un baromètre clé pour les actions futures de développement. Les femmes attendent que chaque acteur de développement apporte sa touche à l’édifice de cette politique qui permettra d’atteindre les objectifs de développement durable contenu dans l’agenda 2030. Mais au regard de certains résultats obtenus déjà, il faut reconnaître que la nouvelle politique d’équité enjambée par le gouvernement fait déjà son petit bonhomme de chemin. Dans une étude dont les rapports d’activités ont été rendus publics en janvier dernier, Afrobaromètre indiquait que 96 pour cent des Togolais ont donné leur aval sur le fait que les hommes et les femmes aient les mêmes chances de scolarisation, de part dans la société, de décision et d’influence. Même si le résultat n’est pas encore au seuil où on le souhaite, le Togo fait quand même de grands pas vers l’élimination des disparités sociales. Cependant, l’absence d’un système normalisé, fiable et authentique pour donner des preuves statistiques sur le niveau de représentativité des femmes dans les pays africains s’apparente être une raison qui conforte ces anomalies démographiques et donc gage de cette disparité. Il faut donc définitivement briser ce mur de complexe. La guerre aujourd’hui est avant tout une guerre de promotion des femmes et de leur pouvoir de décision.
Recommandations
Les raisons du faible niveau de représentativité des femmes dans les instances de prise de décisions incluent la diversité des structures constituées dans chaque pays et la pluralité de leur système de gouvernance.
• Harmonisation des données : Une véritable harmonisation des données au niveau des de chaque pays permettra d’établir une mesure globale et fiable sur la propension des femmes dans les institutions locales des pays. Cette harmonisation donnerait alors des preuves solides et irréfutables qui permettront d’acter la sensibilisation et d’accélérer ainsi les progrès de la participation des femmes sur plusieurs aspects.
• Nonobstant ces mesures statistiques, des informations complémentaires sur les systèmes ou du mode de désignation et d’élection des femmes au niveau local sont tout aussi importantes. Recenser les défis liés à la représentation des femmes dans les gouvernements et apporter les solutions adéquates à leurs résolutions.
• Exiger pour les pays qui appliquent une parité verticale, l’applicabilité de celle horizontale également. Cette exigence va permettre d’amener un grand nombre de pays vers un rôle local concret de la gent féminine de même que sa participation effective à la gestion de la cité locale et à une prise de décision efficace.
• Promouvoir la participation des femmes à la prise de décision : La participation des femmes dans la gérance et la prise de décision au niveau local de la cité permettra à celles-ci d’accéder plus facilement au niveau national et imposant le changement de mentalité vu le pouvoir de décision et la position d’influence qu’elles auraient.
• Multiplier les actions de sensibilisations pour briser les plafonds de verre en ce qui concerne les postes de décision toujours masculins tels que les ministères de l’environnement, de l’intérieur et de la sécurité.
• Créer des réseaux d’incubateurs de politiques locaux dans le but d’outiller plus de femmes à l’exercice du pouvoir de décision et les inciter à participer à la vie démocratique de leur pays respectifs. Avec un peu de temps, elles passeront un jour de la base au niveau supérieur de responsabilité. Faisons ainsi donc de la participation équilibrée des femmes et des hommes, notre cheval de bataille.

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