Des ponts pour un autre développement

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Nos soucis, besoins et aspirations se condensent en un seul mot : développement. Le mot fait l’objet de programmes, de projets, de plans. Tout un arsenal stratégique est ainsi déployé, assorti d’expertises diverses et pointues.

En faut-il vraiment tant pour développer le Bénin ? Qu’il suffise que dix millions de Béninois décident d’affirmer leur vocation de constructeurs de ponts, s’engagent à se donner les moyens de construire des ponts. Au moins sept ponts sur toute l’étendue de notre pays, pour inaugurer sept chantiers nationaux prioritaires.

Premier pont : entre le visible et l’invisible. C’est une erreur que de ne croire qu’en ce qu’on voit. Les Saints Thomas se plantent toujours sur le bas côté de la route. Ils ne vont pas loin. Il y a, en effet, plus de choses dans l’invisible que dans le visible. Le Bénin de nos rêves est encore largement dans l’invisible. C’est le Bénin non comme il est aujourd’hui. Mais, le Bénin tel que nous voulons qu’il soit. Un Bénin encore invisible, certes, mais un Bénin que les Béninois ont la charge de conjuguer au présent, de tirer du virtuel, de rendre actuel.

Deuxième pont : entre Béninois en tant que fils et filles d’un même pays. Nous devons nous donner les moyens de nous rencontrer, de nous parler, de nous connaître, de nous estimer, de travailler ensemble. Sinon, jamais nous n’accèderons au statut de citoyens béninois. Nous resterons de simples habitants sur cette portion de terre appelée le Bénin. On ne naît pas citoyen d’un pays. On le devient.

Troisième pont : entre homme et femme. Notre société souffre d’un lourd handicap. La femme n’est pas encore à sa juste place. La femme est mal payée en retour de son action de sa contribution à l’évolution d’ensemble de sa société. La femme est privée de ses droits, étant encore largement dans les fers de la soumission. La femme est reléguée à l’arrière plan, ne pesant que d’un poids négligeable dans les sphères de décisions. Le pont entre homme et femme sera un facteur de rééquilibrage social, voire sociétal. Nous ne devons plus nous priver de la contribution de « cette moitié du ciel » dont parlait, à juste raison, Mao Tsé-tung.

Quatrième pont : entre les « Anciens » et les « Modernes », les vieux et les jeunes, les parents et leurs enfants. Nous couvons d’inutiles et stériles conflits intergénérationnels. Restaurons paix et entente entre toutes ces strates d’un seul et même ensemble. Les Dogon du Mali, gens sages s’il en est, nous préviennent contre une mortelle ignorance : « Les oreilles grandissent mais ne dépassent jamais la tête ». Les Malinké ne disent pas autre choses : « Sans tuteur, l’igname ne peut grimper ».

Cinquième pont : entre le pays et sa diaspora. La nation n’est pas dans l’espace géographique strict du pays. Elle est également au-delà. Nos frères et sœurs, vivant loin de la mère-patrie, sont à l’image des  bourgeons qui grandissent et qui prospèrent loin de l’arbre dont ils sont issus. La distance  n’efface pas la consanguinité, ne biffe pas la parenté génétique. Au regard de quoi, resserrer les liens entre le pays et sa diaspora, c’est de l’ordre d’une évidence. La diaspora doit bénéficier de l’ombre bienfaisante du pays. Celui-ci doit rayonner à l’extérieur, le mieux et le plus loin possible, grâce à l’action de sa diaspora.

Sixième pont : entre la Majorité et Opposition. La démocratie libérale favorise, dans le champ du pouvoir d’Etat, le jeu d’une majorité et d’une opposition. Malheureusement, chez nous, ce jeu s’enkyste dans un affrontement malsain, au détriment de nos forces et de nos talents. Un gâchis ! Ce n’est pas parce qu’on n’est pas sur la même longueur d’onde qu’on doit s’interdire de se parler, d’échanger. Tant qu’il s’agit du Bénin, les positions peuvent être différentes, voire divergentes, mais la cause doit être impérativement commune. Il faut décongestionner la vie politique, pour rendre visible et audible l’intérêt commun des Béninois.

Septième pont : entre le sommet et la base. Il n’est que temps de comprendre qu’on ne développe pas un pays par le haut, mais par la base, au plus près du vécu quotidien des citoyens, avec l’implication de ceux-ci. C’est la raison pour laquelle le pont d’une décentralisation effective et efficace porte l’espoir d’un développement abouti. Qu’il lève le doigt, celui qui en doute.

 

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 28 août 2018

 

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