Diplômes académiques, diplômes de la vie

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Le culte du diplôme. Le mythe du diplôme. Vous ne vous êtes pas trompés d’adresse. Vous êtes bel et bien au Bénin, autrefois Dahomey. Nous avons affaire à un héritage bien établi. De l’époque coloniale à nos jours, cet héritage se transmet d’une génération à l’autre. Pensons à ce compatriote. Etudiant au Pays des Blancs, il accumula mille et un diplômes. Rentré au Bénin, il se promenait chargé d’une valise de diplômes. En veux-tu, en voilà !

Nous n’avons rien contre les diplômes. Mais face aux multiples défis qui nous environnent, sommes-nous sûrs, avec nos seules références académiques, d’avoir les parchemins qu’il faut pour conduire notre vie comme il faut ? L’école formelle délivre un nombre infini de diplômes. L’école de la vie n’en délivre que quelques uns. Faisons en le tour.

Premièrement : connais-toi toi-même. On peut avoir les plus prestigieux parchemins de la terre ou une fortune  colossale sans rien connaître de soi.  Qui suis-je ? Où vais-je ? Comment, au quotidien, je tricote ma vie ? Pour quel objectif ? A quelles fins ? Le diplôme de l’identité est le père de tous les diplômes. Nous ne sommes pas, en effet, des êtres de hasard. Nous venons de si loin. Nous sommes connectés à un nombre si important d’êtres et de choses, visibles et invisibles. Nous avons une mission sur terre. Et notre trajectoire n’est pas celle d’une étoile filante.

Deuxièmement : connais autrui et ton environnement humain. Les sages Bambara du Mali avaient enseigné, bien avant toutes les Sorbonne, Oxford et autre Harvard, que « L’homme n’est rien sans les hommes. Il vient dans leurs mains et s’en va dans leurs mains » (Fin de citation) Leurs homologues Ouolofs du Sénégal ne disaient pas autre chose : « L’homme est le remède de l’homme ». Il est donc impératif, tout en cherchant à nous connaître, que nous nous investissions à connaître l’autre, ce partenaire naturel que la vie nous impose. En effet, « On ne gagne jamais tout seul. On gagne avec les autres ». De plus, « Un seul doigt est incapable d’attraper une puce ».

Troisièmement : connais ton patrimoine, le legs sacré de tes ancêtres, illustre les valeurs de vie qu’il porte.  Quel drame  de ne pas connaître les sentiers qui conduisent en sa maison !  Suprême paradoxe pour un Africain pourtant riche de la somme incommensurable d’un patrimoine sans âge. A quoi sert-il de singer les autres ? Pourquoi aller chercher chez autrui ce qu’on a en propre, ce qu’on tient à portée de main ? S’asseoir pauvre sur une mine d’or, dans l’ignorance de ce que l’on est, de ce que l’on a, c’est, dans un registre biblique, l’abomination de la désolation.

Quatrièmement : connais ton pays et les autres pays. Beaucoup pensent connaître leur pays en se repliant sur eux-mêmes, en s’enfermant dans leur communauté. De ce réduit,  ils pensent voir leur pays en réalité, ils croient connaître le monde en vérité. Quelle illusion ! Il faut s’investir à connaître son pays dans sa diversité, dans ses particularités et singularités. Il faut aller à la rencontre du vaste monde pour goûter au chant  pluriel d’une planète qui condense toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Nous ne sommes pas seuls au monde. Nous devons aller à la rencontre des autres. Notre pays est complexe et le monde est vaste. Nous ne pouvons pas, à partir de notre chambre à coucher, connaître l’un, comprendre l’autre. Commençons par déchiffrer l’alphabet qui sert à lire notre pays pour que le monde se révèle à nous dans sa diversité infinie.

Cinquièmement : connais la prévision, sois prévoyant, anticipe le futur. C’est Gunther Frank qui l’affirme à juste raison : « L’avenir n’est pas un destin aveugle ». (Fin de citation). L’avenir est, en effet, en notre pouvoir. Nous avons la capacité de le maîtriser, de l’orienter conformément à nos   objectifs.  Pour manger du maïs, il faut d’abord en semer et en prendre soin jusqu’à la récolte.  Les efforts d’aujourd’hui garantissent la qualité et la quantité de la moisson de demain. Et si le maïs récolté doit aider à tenir la période de soudure, c’est dès aujourd’hui qu’il faut en décider. C’est insulter l’avenir que de manger son maïs en herbe. C’est piétiner demain que de vider son grenier avant terme.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 23 octobre 2018

 

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