Du mode d’emploi des « anciens »

Mise en ligne par le 12 juin 2018

Rideau sur la Cour constitutionnelle présidée par le professeur Théodore Holo. Bienvenue à celle dont le professeur Joseph Djogbénou prend les rennes. Avec les sept sages ainsi libérés de leurs hautes charges, ce sont, presque sûrement, sept éminents concitoyens qui vont disparaître dans les brumes de l’oubli. A l’image d’un radeau de migrants qui se laisse dissoudre dans les profondeurs océanes. La Cour constitutionnelle n’est qu’un exemple. Un exemple illustratif de nos fautes chaque fois que nous manquons de répondre, de manière créative et responsable, à la question du mode d’emploi de nos « anciens. »

Comprenons-nous bien. Il ne s’agit pas de maintenir en place, coûte que coûte, des hommes et des femmes régulièrement atteint par la limite d’âge et appelés à faire valoir leurs droits à la retraite. Il s’agit plutôt de ne pas trop vite ranger nos cadres en fin de parcours, au magasin des accessoires. Au risque de nous priver d’un capital disponible de savoir, de savoir faire et d’expérience.

Ailleurs, cela ne se passe pas ainsi. Un haut cadre n’a pas droit au repos. Il doit servir, pourrait-on dire, son pays ad vitam aeternam. Il convient donc de l’essorer jusqu’à la dernière goutte pour qu’il livre tout le meilleur de sa personne. Tel ancien Président de la République est recherché comme une denrée rare. Des facultés de droit, de sciences politiques et diverses institutions sont à ses trousses. On estime qu’il a accumulé aux affaires un stock appréciable d’expériences. On ne saurait s’en passer. Tel ancien haut cadre est opportunément ciblé et régulièrement consulté. On ne saurait cracher sur une somme avérée d’expériences. Tel ancien cadre est tout désigné pour encadrer des plus jeunes aux portes de leur vie professionnelle. Pourquoi se priver de son expertise ?

Par rapport à ce que font les autres, le Bénin ne saurait afficher la prétention d’être une terre d’exception. Les Béninois ne sauraient se prendre ou se faire prendre pour des faiseurs de miracles. Le vrai problème est ailleurs. Il y a problème quand les anciens cadres font de l’ombre aux nouveaux, font obstacle à leur émergence et affirmation. Il y a problème quand les anciens cadres ne savent pas rester à la périphérie, bouchant tous les horizons d’évolution à leurs enfants et jeunes frères et   sœurs. Il y a problème quand des jeunes sont habités par la phobie de voir en tout aîné, en tout « ancien », un ennemi potentiel, un empêcheur d’avancer tranquille. Le sonore et irrespectueux « Papa yi gbodjê » dont résonnent nos rues est assez indicatif de l’absurde « querelle des Anciens et des Modernes » qui déchire notre société. Sortons vite de cette fange nauséabonde. Trouvons, pour nous en convaincre, les raisons qui militent en faveur d’une saine utilisation de nos « anciens. » Quelles sont-elles ?

1- Un conflit intergénérationnel est aussi absurde qu’inutile. Le pays a déjà tout le mal du monde à intégrer harmonieusement ses divers démembrements, dans la perspective de la nation à construire. On ne rend pas service à un paralytique en l’accablant d’un mal supplémentaire. Pour dire, en d’autres mots, que le pays n’a besoin ni de s’installer ni de s’enliser dans un conflit intergénérationnel, les parents et leurs enfants s’entretuant à qui mieux-mieux, les aînés et leurs jeunes frères et sœurs s’étripant à tour de bras.

2 – L’addition des forces pour une utilisation optimale des potentialités d’une nation. Nous sommes un pays en développement. Comme tel, nous avons plus intérêt à capitaliser nos forces qu’à les gaspiller, qu’à les disperser. Plutôt l’approche arithmétique par addition pour un cumul intelligent de la contribution de tous nos cadres, nouveaux et anciens, que l’approche arithmétique par division, synonyme d’auto-anéantissement. L’allégorie de la termitière, dans la dynamique d’un développement durable, exige que l’on ajoute de la terre à la terre. L’allégorie de la jarre trouée appelle à l’union de tous. Nous devons, en effet, venir en masse fermer de nos doigts les trous de la jarre et sauver notre pays.

3 -On ne gagne pas avec ses faiblesses, mais avec ses forces. La formule est de l’ordre de l’évidence. Elle ne condense pas moins l’idée-force que porte la présente chronique. Un cadre, qui plus est un bon cadre, nouveau ou ancien, est une denrée rare. Il n’a pas de prix. Prenons garde, pour de fallacieuses raisons, de le laisser en rade. Ne pas savoir l’utiliser est une faute. Evitons de l’enterrer vivant.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 12 juin 2018


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