Ecole : un pas en avant, deux en arrière

Mise en ligne par le 2 octobre 2018

 

Soyons francs : l’école n’ouvre pas ses portes sous d’heureux  auspices. Elle s’empêtre dans des contradictions qui pourraient, à terme, plomber ses efforts de redécollage. Ces contradictions sont à lever au plus tôt. C’est à ce prix que tous les partenaires de l’école, maîtres et apprenants, parents d’élèves et autorités académiques, dissocieront l’image de l’école de celle du tonneau des Danaïdes. Allusion à ce tonneau percé qu’on est condamné à remplir sans fin. Déroulons quelques unes de ces contradictions.

1 – Le retour de la dictée à l’école. Les générations d’élèves béninois qui ont échappé à l’exercice laissent derrière eux un vaste champ de ruine. Correspondances, rapports, mémoires et  thèses sont un véritable dépotoir, une immense réserve de fautes d’orthographe. Qui a dit que trop de liberté tue la liberté ? Celle-ci tourne vite en libertinage, en licence. Sommes-nous au bout du tunnel ? Il faut craindre que le retour de la dictée à l’école ne nous sorte pas pour autant de la pagaille actuelle. Pourquoi ? Nos jeunes gens et nos jeunes filles, les classes finies, vont à l’école de leurs portables et de leurs tablettes. Ils continuent d’écrire les SMS dans une langue spéciale portée par une orthographe spéciale. Un pas en avant, deux pas en arrière !

2 – La grève, au cours de l’année scolaires 2017-2018, a férocement lacéré l’école, laissant sur son corps de profonds  stigmates. Tous les partenaires de l’école sont fatigués et personne n’est prêt à reconduire l’immense gâchis qu’a été l’année scolaire dernière. Du reste, nous avons eu à le payer cash. En ont témoigné à suffisance les résultats catastrophiques aux examens de fin d’année. Pourtant, certaines voix s’élèvent. Elles cherchent, une fois de plus, à faire de l’école la rampe de lancement de leurs actions revendicatives.  Faut-il y voir, en ce début d’année, une invite à la grève ? Un pas en avant, deux pas en arrière.

3 – 2 763, c’est le nombre de grossesses enregistrées dans nos écoles au cours de l’année 2017-2018. Le mal est fait. Nous devons en assumer les conséquences. Mais que faisons-nous pour le prévenir ? Ne parlons que d’images. C’est le vivier des mauvaises conduites sociales que nous déplorons. C’est le terreau sur lequel poussent nombre de déviances qui frappent notre société. Sous ce rapport, qui contrôle les Télé-Novelas qui encombrent les écrans de nos télévisions ? Qui régule quoi, sur la foi de quelles règles morales et éthiques ? Qui a devoir et mission de tenir nos jeunes gens et nos jeunes filles à bonne  distance de ces sites cochons ? Ils y sont en cours du jour et du soir. Accès libre à une kyrielle d’expériences innommables.  Un pas en avant, deux pas en arrière.

4 – Une catégorie de maîtres, dont les autorités doutent des conditions de recrutement, sont invités à être évalués. C’était suite aux plaintes et aux complaintes d’une majorité de nos compatriotes. Si ces maîtres n’ont rien à se reprocher qu’ils acceptent de porter un démenti à ceux qui les tiennent pour responsables des maux dont souffre l’école. Et la meilleure manière de le faire, c’est d’accepter l’offre d’invitation. Cela vaut un défi à relever. Après tout, ces maîtres, qu’ont-ils à cacher ? De quoi ont-ils peur ? Que craignent-ils ? Une contradiction point à l‘horizon : ces maîtres qui refusent d’être contrôlés vont devoir contrôler nos enfants. Est-ce logique ? Est-ce conséquent ? Et si les apprenants, à leur tour, refusaient de se faire contrôler ? Un pas en avant, deux pas en arrière.

5 – Nous ambitionnons de construire une école béninoise qui soit le reflet de nos réalités socioculturelles. Intention ô combien noble ! Une école déconnectée de telles réalités  serait à l’image d’un tonneau vide qui fait beaucoup de bruit, d’une simple caisse de résonnance.  Mais alors, pourquoi ne donnons-nous pas aux auteurs béninois  leur juste place dans nos programmes d’enseignement et d’éducation ?  Pourquoi n’introduisons-nous pas nos langues nationales dans notre système éducatif ? Nous n’avons rien contre Guy de Maupassant. Mais nous avons plus à gagner à connaître Florent Couao-Zoti ou Eugénie Dossa Quenum. Il faut être incurablement colonisé, désespérément aliéné pour continuer de se voir dans le miroir des autres. Une fois de plus, un pas en avant, deux pas en arrière.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 2 octobre 2018


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