Football : d’Anjorin à De Chacus

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Anjorin s’en va. De Chacus arrive. Le témoin passe d’une main à une autre à la tête de la Fédération béninoise de football. Deux séquences pour un seul et même événement. La première séquence marque une clôture. Celle d’une gestion. Elle fera l’objet d’un bilan. La deuxième séquence ouvre une ère nouvelle. Elle projette l’image d’une page neuve à noircir à l’encre de nos espérances. Nous voulons y contribuer. Indiquons, à l’adresse du nouveau Président de la Fédération béninoise de football, quatre directions d’action.

 

1 – Notre football aura besoin davantage d’une action en profondeur que de réformes de surface. Aux grands maux,  de grands remèdes. Tirons de son sommeil un football qui n’a que trop dormi. Réhabilitons chacun des maillons de la chaîne du football. Pensons à nos jeunes. Leur attente est grande. Ne les décevons pas. Ne brisons pas leur rêve. Reprenons la formation de nos joueurs là où nous l’avons abandonnée. Dotons-nous de moyens matériels conséquents pour que des champs de patates douces ne tiennent plus lieu d’aires de jeu. Ressuscitons un championnat national, amateur et professionnel, par catégorie d’âge, qui ne laisse plus en rade le football scolaire, d’entreprise, des corps habillés. Mettons notre football à l’abri de toute politisation, de toute tricherie, de tout trafic, de toutes fausses croyances. Mais par-dessus tout, procédons à un shampoing mental intégral. Tenons le résultat de toute activité humaine comme l’exact reflet, la juste sanction des pensées et des idées que les initiateurs, promoteurs et acteurs entretiennent dans leur esprit. Récolte-t-on du maïs ou du riz  là où on a semé du chiendent, c’est-à dire de la mauvaise herbe ? C’est contre toutes les lois de la nature. Dans cette dynamique, même le nom « Ecureuil » doit donner lieu à une réflexion profonde et faire l’objet d’un débat national.

 

2 –Notre football doit devenir une famille-école. La vision que nous avons  du club, la mission que nous assignons au club doivent radicalement changer. Nous n’avons, jusqu’ici, que trop parlé de profit, de gain, de prime, donc d’argent. Il est temps que nous investissions dans le capital humain. Au-delà des passes que nos joueurs se font sur un terrain, quelles valeurs partagent-ils pour qu’ils ne soient pas des robots à jouer, des machines à marquer des buts ? A l’école du football les acteurs viennent  faire carrière pour gagner leur vie.  Qu’ils y viennent  désormais apprendre à réussir leur vie. On doit rentrer en football comme l’on entre dans une classe de morale et d’instruction civique.

 

3 – Notre football doit être performant et enregistrer des résultats probants. A l’image de ce qui se fait le mieux aujourd’hui dans le monde, le football, au Bénin, doit être conçu comme une industrie et fonctionner comme une entreprise. Il faut que les textes régissant l’activité soient clairs ou rendus clairs pour tous. Ils doivent s’appliquer rigoureusement et avec esprit de suite. Comment gérer les hommes qui gravitent autour du football, de l’arbitre au soigneur, de l’administratif au journaliste sportif, du supporter au recruteur etc. ? Comment gérer des ressources financières nécessaires au développement du football, après qu’on a conçu de bonnes stratégies pour les trouver et les collecter ? Comment gérer le temps qui passe, mais qui, jamais, ne se pliera à nos caprices ? Comment gérer l’organisation spatiale de notre football, grâce à une décentralisation intelligente, nous évitant l’image de la grosse tête que serait Cotonou posée sur le corps malingre du reste du pays ? Quelle gouvernance sur un terrain où les résultats sont de l’ordre d’une priorité ?

 

4- Notre football doit s’intégrer au processus global de développement de notre pays.   Le football n’est pas un à-côté du mouvement d’ensemble qui porte un pays en avant. Dans les grandes occasions internationales, on fait flotter au vent les drapeaux des pays en lice, on fait entendre leurs hymnes nationaux, soulignant ainsi leur identité dans le concert des nations. Le football est ainsi devenu, sur la planète terre, une arme diplomatique de tout premier plan, une profession honorable, un métier à part entière et à fort coefficient  de revenus. Il génère des milliards de nos francs qui laissent des traces dans les budgets nationaux. Il fait vivre les joueurs, fait rêver nos jeunes, enrichit des centaines de corps de métiers. Le Bénin, notre pays, qu’attend-il pour prendre, enfin, sa part ?

 

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 30 août 2018

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