Gouvernance et leçons de choses

Mise en ligne par le 29 mai 2018

 

Fâché. Très fâché même. On le serait à moins ! Monsieur le Préfet du Littoral n’en revient toujours pas. Le petit tour qu’il fit à Fidjrossè, du côté de la Route des Pêches, l’a littéralement renversé. Alors qu’on s’affaire à construire une infrastructure routière de toute beauté, les populations des environs s’activent à défigurer les lieux : masures, balayures et ordures font bon ménage. Flux et reflux du progrès. Assaut d’incivisme.

Si l’on devait en rester à la surface des choses, on louerait le gouvernement pour l’effort d’investissement consenti. Par contre, on blâmerait des populations qui scient joyeusement la branche sur laquelle elles sont assises. D’un côté, des milliards de francs d’investissement pour améliorer le cadre de vie, avec des retombées substantielles au bénéfice de tous. De l’autre côté, une sorte de retour en zone. Un peu comme pour répéter le titre de l’ouvrage d’Axelle Kabou « Et si l’Afrique refusait le développement ».

La vérité est ailleurs. Les populations, ici concernées, n’ont pas été suffisamment intégrées au projet. Un projet qui leur est étranger. Un projet qu’elles comprennent mal. Un projet pourtant utile. Un projet magnifique à tous égards. En effet, avec la construction de la Route des Pêches, le Gouvernement met en place la toute première épine dorsale de sa politique touristique. Il y a, à la clé, un retour sur investissement certain.

Il reste que, sur le terrain, ce sont deux logiques qui s’affrontent, ce sont deux postures contraires qui se télescopent. D’un côté, des décideurs et des techniciens disposés à réaliser des plus-values au bénéfice du développement de leur pays. De l’autre côté, des populations censées en être les bénéficiaires qui réagissent mal.  Pourquoi donc ce quiproquo ? Voici trois pistes de réflexion.

1 – Rapprocher les visions et les projets. Un projet de l’envergure de celui de la Route des Pêches ne peut que provoquer un chamboulement complet dans l’environnement des êtres et des choses. Les activités quotidiennes, les habitudes, les manières d’être et de faire changent ou devraient changer. C’est, au vrai, un coup de tonnerre dans un ciel jusque-là clair. Dans ce chambardement, des êtres humains sont en situation. Il faut leur épargner le contrecoup de ce tsunami. La sauvegarde de leurs intérêts nous importe. Autant que le bien être des touristes que nous rêvons d’accueillir. Ni choix à faire, ni préférence à avoir, ni ordre de priorité à établir : nos populations comme nos futurs touristes méritent tous d’être à la droite du Père. D’où l’extrême nécessité, dès le départ, d’associer les populations riveraines au projet, de leur en faire saisir l’importance et le bien fondé, de partager avec elles, à l’avance et par anticipation, les gains qu’il génèrera.

2 – Procéder à de nécessaires reconversions. Avec la réalisation de la Route des Pêches, le vendeur de charbon et de bois de chauffe ou la vendeuse de l’essence de contrebande du coin n’ont plus leur place dans le nouvel environnement qui se met en place. La baraque qui a servi jusque-là de buvette doit disparaître. Tous prestataires qui y trouvaient leur compte idem. Les mutations qui affectent les lieux imposent de mettre en place un plan de formation et de reconversion. Les exigences du tourisme appellent sur place de nouveaux profils d’hommes et de femmes : maraîchers, guides touristiques, tenanciers de « maquis », vendeurs d’objets d’art et de souvenirs,   personnel d’hôtel, serveurs et autres garçons de course. Cette prise en charge des populations accompagnera harmonieusement le tam-tam qui change de rythme. Comme on le voit, les populations ne sont ni à exclure, ni à confiner dans des ghettos, ni à verbaliser. Qu’il suffise de les mettre au cœur des changements qui s’opèrent.

3 – Jouer la carte de la participation responsable. Le seul fait de changer de vision et de paradigme libère le projet de la Routes des Pêches de toutes idées de conflits ou de malentendus. De ce projet, nous découvrons, par ailleurs, les   potentialités, les promesses, la riche palette des opportunités offertes, toute la richesse humaine. Le tourisme, en effet, c’est un rendez-vous, le rendez-vous du donner et du recevoir. Le touriste, c’est un être humain qui va vers d’autres êtres humains. L’homme est donc premier. Le projet de la Route des Pêches, par essence, est humain. Alors et de tout cœur, qu’il le reste.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 29 mai 2018


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