La grève en trois leçons

Mise en ligne par le 27 mars 2018

 

La grève. C’est le mot le plus usité au Bénin par les temps qui courent. Grève à l’Ecole. Grève dans le secteur de la Santé.  Grève dans la Maison justice. Ca tourne partout au ralenti. C’est miracle que le pays ne soit pas encore paralysé. La grève, comme on le voit, est et reste un phénomène social massif. Un phénomène aussi redoutable qu’une arme de destruction massive. Tout le monde en a peur. Aussi bien ceux qui s’y engagent que ceux qui tentent de s’en dégager. Une telle arme mérite d’être bien connue. Histoire de pouvoir l’utiliser à bon escient. Voici la grève en trois leçons.

Première leçon : la grève, mot-masque qui cache l’homme. La grève se décline en une multitude de variables et de variantes : grève licite, grève illicite, grève sauvage, grève perlée, grève du zèle, grève illimitée, grève générale, grève sur le tas, grève tournante etc. De quoi faire tourner la tête. De quoi oublier l’essentiel. La grève, quelle qu’en soit la forme, place et situe sur la scène sociale un acteur majeur : l’homme. En effet, en toute grève, un être humain est en situation, autour d’un problème humain. Ceci, par-delà les postures, les stratégies, les mots d’ordre. Ce sont des hommes et des femmes qui se font face, qui se mettent en mouvement, qui gagnent ou qui perdent. Il ne faut donc pas se laisser prendre au piège du mot. Recentrer donc le débat, chaque fois et toutes les fois, sans perdre de vue l’acteur principal : l’homme.

Deuxième leçon : l’homme est au centre de toute grève et en détermine l’issue. Une corporation en grève doit d’abord compter sur et avec ses membres. Lesquels sont des êtres humains qui ploient sous le poids des réalités de l’humaine condition. C’est Montaigne qui a raison. Parlant de l’homme, il a gravé dans le marbre cette vérité universelle : « Ce sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant ». Et le Chinois Mao Tse Toung de renchérir plusieurs siècles plus tard : « Ceux qui dorment dans le même lit ne font pas forcément les mêmes rêves ». Pour dire qu’une corporation en grève ne peut réussir à mettre en mouvement, de manière parfaite et unanime, tous ses membres. Tout le monde, en effet, ne peut avoir le même degré de compréhension d’un mot d’ordre de grève. On ne peut espérer de tous un égal niveau d’engagement dans la grève. Il y a gros à parier que tout le monde ne poursuit pas les mêmes intérêts à travers la même grève. Il y a ceux qui marchent. Il y a ceux qui courent. Il y a ceux qui marquent le pas. Il y a ceux qui s’arrêtent ou rebroussent chemin. Complexe est l’univers de la grève. Il est à géométrie variable.

Troisième leçon : les trois visages humains qui font échouer une grève. Une grève peut échouer. C’est dans l’ordre des choses. Aussi importe-t-il d’identifier trois types d’individus qui infestent et qui infectent les rangs des gens en grève. Ils attirent presque toujours l’échec comme l’aimant attire le fer.

Il y a, d’abord, la figure du nihiliste.  C’est le pessimiste parfait. Il a le chic pour peindre tout en noir, pour broyer du noir, pour voir tout en noir. Aucune initiative ne trouve grâce à ses yeux. Evidemment, il décourage plus d’un. Assurément, il fait déserter les rangs des militants. Certainement, il tue dans l’œuf toute action syndicale. Naturellement, il conduit à la tombe toute grève.

Il y a, ensuite, la figure du je-m’en-foutiste. Que la grève aboutisse ou non, c’est le cadet de ses soucis. Dès lors qu’il se donne des raisons de pouvoir résoudre ses problèmes par lui-même. Via le politicien du même terroir que lui. Grace au dignitaire de la même église que lui. En intelligence avec le frère ou la sœur du même cercle de solidarité que lui. Le je- m’en-foutiste, sur le plan syndical, c’est le symbole de l’indifférence et du désintérêt.

Il y a, enfin, la figure du jusqu’au-boutiste. C’est le maître de l’excès et de la démesure. A soumettre à la sagesse de Lao Tseu : « Ne soyez pas extrémiste et n’exagérez rien, car trop loin à l’est, c’est l’ouest ». A soumettre également à la sagesse des nations : « Dans cette vie, rien ni personne n’a jamais totalement tort, car même l’horloge arrêtée donne deux fois l’heure exacte par jour. »

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 27 mars 2018


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