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Cruel et impitoyable est l’univers de la politique. En Afrique notamment. Cœurs tendres et âmes sensibles s’abstenir. Qui choisit de s’y frotter doit accepter de s’y piquer. L’idée plutôt candide selon laquelle la politique c’est la construction de la cité est à laisser aux théoriciens, aux intellectuels en mal de clarifier les concepts. Ceux-ci opèrent loin de la gadoue du quotidien. Calfeutrés dans leurs laboratoires. Isolés dans des salons bruyants qui résonnent de leurs bavardages.

Le citoyen lambda se fait une tout autre idée de la politique. Il pense avoir affaire à un exercice fort risqué de survie sur la corde raide de la vie. La politique, c’est tuer pour s’éviter d’être tué. C’est un combat féroce aux allures tragiques d’un corps-à-corps mortel. C’est une jungle où tous les coups sont permis, où la raison du plus fort est toujours la meilleure. Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi l’Afrique notamment peine-t-elle à donner de la politique une idée plus valorisante, une image plus vertueuse ? La politique à la sauce africaine, goûtons-la.

La politique comme l’art de paraître. Tout, ici, est dehors. Rien n’est en dedans. Tout, ici, est dans la forme. Et le fond est dramatiquement creux. Un vrai spectacle. La comédie humaine dans tous ses états. Aucun sens particulier n’est attaché à la symbolique d’Etat. Constitution, devise, drapeau, hymne national sont juste un prétexte. Ils ne servent que de décor. Aucun respect pour la division du travail gouvernemental, le pouvoir étant concentré dans les mains d’un seul. Envahissement des médias. Discours convenus. Marches de soutien. Prières et actions de grâce. Chants et danses, le folklore tenant lieu de profession de foi. Un cocktail d’artifices.

La politique de la force pour la force. L’Etat, fort de son autorité souveraine, a le monopole de la force. Mais malheureusement pour brimer les citoyens, pour étouffer les libertés, pour instaurer la paix des cimetières. La force sert ainsi à casser toute opposition, à réduire à néant tout opposant, légitimant ainsi la primauté du droit de la force sur la force du droit. La violence contre son propre peuple. Des crimes crapuleux marqués au coin de la raison d’Etat.

La politique du mensonge permanent. On ne dit pas ce qu’on fait. On ne fait pas ce qu’on dit. On ne respecte ni sa signature ni sa parole. Tout est sur le mode oral, susceptible, par conséquent, de changer à tout moment. Rien n’est rigoureusement clair. Rien n’est formellement fixe. Tout reste mouvant et embrouillé. Dans ces conditions, on ne s’engage qu’à voix basse, on ne se lie que du bout des lèvres. On n’arrête plus de se dédire, de se contredire, pour ne savoir plus, à la fin, quoi dire.

La politique de la prédation en cercles concentriques. La politique étant réduite à un festin, ceux qui ont la haute main sur elle en font une mangeoire privée. Tout ce qui appartient à tous tombe dans l’escarcelle d’une bande mafieuse de prédateurs. La chose publique, ce par quoi se définit la République, est mise en coupe réglée. A la satisfaction d’une poignée d’élus dûment cooptés ou lourdement parrainés. Pourtant, les Yoruba, gens sages s’il en est, nous ont prévenus : « Tio ba kpo, ko ni tché kpin ». Quand la cagnotte n’est pas bien garnie, le partage devient un véritable casse-tête. Il ne reste plus qu’à laisser aux pieds de la bande joyeuse de nos prédateurs cet autre conseil inspiré de la sagesse des nations : « Trop de gens souffrent beaucoup du peu qu’ils n’ont pas. Beaucoup apprécient peu le beaucoup dont ils disposent. Ayons le nécessaire pour notre bonheur ».

La politique du « Sotcha dou tcha ». C’est celle qui sacrifie demain sur l’autel du présent. Nous avons affaire à un cas de myopie absolue. En termes d’absence de vision. En termes de déficit de perspective. C’est l’option paresseuse de la cueillette contre le choix courageux, patient et inventif du labour, des semailles, des moissons, de la soudure, donc de la prévention et de la prévoyance. En somme, une manière de tourner le dos au précepte universel de Napoleon Hill : « Réfléchissez et devenez riches« . On mange son maïs en herbe. On vit de l’aumône des autres. On survit grâce à la charité internationale. On se contente de sa condition de mendiant. On vous l’a dit : « l’habitude est une seconde nature ».

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 3 août 2017