La rage et la ruse, le riz et le rire

Mise en ligne par le 2 janvier 2018

 

Rage et ruse, d’une part. Riz et rire, d’autre part. Qu’ont-ils de commun ces quatre mots ? Ils partagent le destin d’être sous le signe de la même lettre, la lettre « R ». Sous l’angle de l’actualité politique nationale, nous savons d’où nous vient l’expression   « la rage et la ruse ». Son auteur ne nous est pas inconnu. Quant à l’expression « riz et rire », elle est de notre invention. Nous avons voulu la mettre en apposition à la première. Pour quel but ? Pour en déduire quoi ? Pour quel résultat ?

Nous pouvons ranger la phase première du régime de la « Rupture/Nouveau départ » sous l’expression « La rage et la ruse ». Pourquoi ? En mars 2016, arriva au Palais de la Marina un homme neuf. Issu du milieu des affaires, il ne pouvait encore prendre l’exacte mesure des contorsions, simagrées et autres acrobaties dont s’anime le landerneau politique. Pour faire neuf, il pensait, à tort ou à raison, qu’il lui fallait du neuf. Il lui fallait une constitution neuve.

Comme si le pays n’était pas encore prêt à surfer sur du neuf, le projet de révision de la constitution se fracassa contre le mur d’une minorité de blocage à l’Assemblée nationale. Un revers inattendu. Il accrédita l’expression en vogue de « Ici, c’est le Bénin ». Ne fallait-il pas désormais changer son fusil d’épaule, faire la politique autrement dans un Bénin difficile, avec des Béninois qui ont plus d’un tour dans leur sac ?

La réponse à la question fut « La rage et la ruse ». La rage de reprendre la main au lendemain d’un faux pas. La rage de contenir un vent de contestation larvée qui commence à agiter les travées de la représentation nationale. La rage de poser des actes concrets et éloquents et de siffler la fin de la récréation.

La rage, oui. Mais également la ruse. La ruse de rejeter dans un futur improbable l’une des idées phare de la révision de la Constitution : le mandat unique. Le Chef de l’Etat acheva de botter cette idée en touche d’une formule aussi vague que mystérieuse : « On avisera ». Mais quand s’avisera-t-il d’opérer la rentrée en touche ? Mystère et boule de gomme !  On peut le dire, « la rage et la ruse » signe l’acte I du régime de la Rupture/Nouveau Départ ».

L’acte II commence. Nous le mettons sous le signe de « Riz et rire ». C’est, en tout cas, ce que nous avons retenu de l’adresse du Chef de l’Etat sur l’état de la nation devant la représentation nationale. C’était le 22 décembre 2017. Les vaches grasses arrivent. Dehors, les vaches maigres. Avec le riz, roteront d’aise ceux qui se plaignent de ne pouvoir honorer les trois repas quotidiens. Avec le rire, s’afficheront sur toutes les lèvres des raisons de croire et d’espérer. Le « Bénin révélé » ou le Plan d’action du gouvernement enfantera des réalisations qui impacteront durablement la vie des Béninois. Citoyens, desserrez vos ceintures ! Le « Riz et le rire » signe l’acte II du régime de la « Rupture/Nouveau départ ».

Trois idées-clés émergent de ces deux séquences de la gouvernance actuelle de notre pays.

1- La légitimité des aspirations de nos populations. Nous ne sommes pas sur la terre pour vivre pauvre et pour mourir idiot. Nous devons prétendre au nécessaire pour nous reconnaître comme des humains. C’est la mission d’un gouvernement de répondre favorablement à une telle exigence.

2 – La complexité de la politique. Ni candeur, ni innocence sur les berges de la politique. Car gérer des intérêts contraires dans l’intérêt de tous, c’est la chose la plus difficile qui soit. La politique, de ce fait, n’est pas un chemin de rose.  Plus qu’une science, elle est un art. D’où la nécessité d’aller à l’école de la politique et d’en prendre de la graine.

3- Le caractère sacré de la parole donnée. Contrairement à une opinion répandue, la vérité est la mesure de la politique. On ne saurait promettre sans honorer ses engagements. On ne saurait se permettre de dire, de se dédire et de se contredire. La vérité, rien que la vérité, voilà le credo de la politique.

S’il en est ainsi, il n’est pas nécessaire de ruser pour gagner ni de rager avant de réaliser des grands choses. Alors, notre rêve peut s’incarner : le riz pour chacun, le rire pour tous.

Jérôme Carlos

La chronique du jour du 2 janvier 2018

 


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